APRÈS AVOIR CROISÉ DES BŒUFS SUPERBES ... (page [581]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

DE TOLÈDE À GRENADE
Par Mme JANE DIEULAFOY.

I. — L'aspect de la Castille. — Les troupeaux en transhumance. — La Mesta. — Le Tage et ses poètes. — La Cuesta del Carmel. — Le Cristo de la Luz. — La machine hydraulique de Juanilo Turriano. — Le Zocodover. — Vieux palais et anciennes synagogues. — Les Juifs de Tolède. — Un souvenir de l'inondation du Tage.

FEMME CASTILLANE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

«De Madrid à Tolède, écrit un auteur espagnol du XVIIIe siècle, le chemin est tout plat, sauf les côtes.»

Ceci reconnu exact, comme elle est triste et monotone, la route qui se déroule entre la capitale de l'Espagne moderne et la vieille capitale de l'Empire wisigoth! À peine a-t-on perdu de vue les maisons de Madrid, disposées en amphithéâtre au-dessous de l'hémicycle bleu formé par la chaîne du Guadarrama, que l'on entre dans une région déserte à frémir. En haut, le ciel d'un bleu implacable; en bas, une lande d'un gris uniforme, semée d'herbes revêches, et, par endroits, les cendres des chaumes brûlés dès la fin de la moisson. Les villages, fort rares, bâtis avec des matériaux de terre ou des pierres couleur du sol, se confondent avec lui. Ils n'attireraient point le regard si quelques arbres n'élevaient un maigre bouquet de verdure autour de ces pauvres demeures. En traversant cette plaine dénudée, on se prend à penser qu'ils furent bien mal obéis, ces ordres du Conseil de Castille, qui enjoignaient à chaque villageois de planter au moins cinq arbres par an.