DES FAMILLES D'OUVRIERS ONT ÉTABLI LEURS DEMEURES PRÈS DE MURAILLES SOLIDES.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
DE TOLÈDE À GRENADE[1]
Par Mme JANE DIEULAFOY.
II. — Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. — Les pupilles de l'évêque Siliceo. — Santo Tomé et l'œuvre du Greco. — La mosquée de Tolède et la reine Constance. — Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. — Ses transformations et adjonctions. — Souvenir de la bataille de las Navas. — Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son exécutrice testamentaire. — Ximénès. — Le rite mozarabe. — Alvaro de Luna. — Le porte-bannière d'Isabelle à la bataille de Toro.
CASTILLANE ET SÉVILLANE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
«J'ai vu beaucoup de maisons, beaucoup d'oisifs et, dans les rues riches ou pauvres, des ordures à boisseau. J'ai aperçu le ciel à travers des fenêtres petites comme des barbacanes, et l'on m'a raconté qu'une figure avenante est souvent le masque des méchants, que les aubergines mûrissent en été et qu'il y a des moustiques à l'automne.»
Cette description de Tolède que faisait, au milieu du XVIIe siècle, le gracioso de Garcia de la Châtaigneraie, dans le célèbre drame de Francisco de Rojas, est encore exacte, et si aux ordures on ajoutait les décombres, on n'aurait pas une virgule à y retrancher ou à y mettre.
Les monuments élevés au cours des trois premiers siècles qui suivirent la reconquête, construits dans ce style mudejar que j'ai étudié à Saragosse, ont particulièrement souffert, soit que la mode malfaisante en ait ainsi décidé, soit que la décoration ait été fragile et peu durable.
Tel est le cas du magnifique palais qui longe la Calle del Moro. On franchit une porte quelconque, et l'on entre dans un jardin à peu près inculte, autour duquel habitent plusieurs familles d'ouvriers. Ils ont appuyé leurs masures à des murs solides encore, et démoli la richesse pour, bâtir la pauvreté. De cette vaste demeure, il ne reste qu'une salle de belles proportions, couverte d'une magnifique charpente analogue à celle du Transito. La partie supérieure des murailles, que n'ont pu atteindre ni le marteau des ouvriers ni la balle des enfants, est ornée de stucs infiniment délicats. Ce beau vaisseau que prolongent, à ses extrémités, deux pièces plus petites, a servi longtemps de dépôt aux pierres nécessaires à l'entretien de la cathédrale, et a conservé, de cette destination, le nom de Taller del Moro (atelier du Maure). Durant ces dernières années on l'a transformé en une humble remise.