Et pourtant ce palais fut habité par Charles Quint. On raconte que ses jardins se confondaient avec ceux qui entouraient la demeure du comte de Fuensalide, où mourut l'unique femme du grand empereur, cette triste Isabelle de Portugal, cette mère de Philippe II, dont une admirable peinture du Titien nous a conservé les traits délicats sous l'or des cheveux soyeux et fins.
Un autre spécimen de cette architecture mudejar née du mariage des arts de l'Occident et de l'Orient, celui-ci en parfaite conservation, mais de proportions restreintes, est le salon de la Casa de Mesa.
Les stucs employés dans les revêtements ont beaucoup d'analogie avec les ornements du Transito érigé en 1366, mais ils ressemblent encore davantage à ceux du palais d'Ayala, daté de 1440. Il est donc permis de supposer que l'édifice fut bâti au XVe siècle.
En 1551 l'archevêque D. Juan Martinez Siliceo y installa une maison d'éducation sous le nom de «Collegio de las doncellas virgineas». Ces jeunes filles, au nombre de cent, n'y entraient qu'après avoir fait preuve, non de quartiers de noblesse comme on l'a dit par erreur, mais d'une parfaite pureté de sang, ce qui est bien différent. Pour avoir un sang pur ou du sang de vieux chrétien, il ne fallait compter parmi ses aïeux les plus reculés ni un juif, ni un Maure, ni un condamné de l'Inquisition, du côté paternel comme du côté maternel. Cervantès ajoute même, et c'est logique, qu'il fallait une filiation légitime ininterrompue et prouvée. Évidemment, on ne devait pas être aussi exigeant sur ce dernier chapitre que sur le premier.
Les pupilles de l'archevêque Siliceo étaient admises dans son collège entre sept et dix ans. Six places étaient réservées aux enfants de la famille du fondateur. Des rentes importantes leur étaient attribuées durant leur vie, si elles restaient dans l'établissement. En cas de mariage, elles recevaient une dot de 5 535 réaux; mais aucune faveur ne leur était accordée si elles le quittaient pour entrer dans un monastère; l'objet principal du fondateur étant d'élever de vaillantes et bonnes mères de famille, expertes aux soins domestiques et capables de bien tenir une maison.
ISABELLE DE PORTUGAL, PAR LE TITIEN (MUSÉE DU PRADO).—PHOTOGRAPHIE LACOSTE, À MADRID.
En 1810, la Casa de Mesa passa aux mains des Carmélites qui firent leur chapelle du grand salon. C'est à leur présence qu'il faut attribuer son parfait état de conservation. Elle appartient aujourd'hui à un homme jaloux de préserver cette merveille contre toute atteinte.
À part les palais connus et classés, il existe un grand nombre de pauvres demeures où l'on retrouve d'intéressants fragments de décoration mudejar. Pour les voir il ne faut pas s'en rapporter aux guides patentés et quasi officiels: il faut suivre un amoureux des ruines tolédanes, et pénétrer avec lui dans les patios et les écuries, dont les habitants ont succédé à Pierre le Cruel et aux grands seigneurs de sa cour.