On pénètre dans le couvent par une première cour carrée où se trouvent les bâtiments destinés aux étrangers. Ils sont occupés actuellement par deux familles aisées de Craïova, dont les dames, fort aimablement, nous servent d'interprètes auprès du portier, superbe moine à la longue chevelure et à la barbe noire.
Une table se trouve placée dans le cloître à l'usage des visiteurs qui désirent prendre leur collation au monastère. Mais vraiment, nous pouvons nous estimer heureux d'avoir songé à apporter nos provisions et de ne pas nous être fiés à la règle, ancienne il est vrai, qui oblige les couvents à héberger et à nourrir les étrangers pendant trois jours. Le portier qui nous servait n'avait pas même de pain à nous offrir. Il n'avait que des biscuits ronds, durs et plats, comme d'énormes médailles, avec le chiffré du monastère sur une face, et sur l'autre l'effigie de saint Nicodème, patron de l'abbaye.
Les moines s'adonnent aux ouvrages les plus simples et aussi les plus fatigants. Mais ils conservent, même dans les occupations les plus modestes, une dignité qui impose le respect. Pauvreté n'est pas vice.
Ils appartiennent à la religion grecque orthodoxe. Jusqu'en 1864, l'Église était soumise au patriarcat de Constantinople; depuis lors, elle devint une Église nationale indépendante. Son chef est le Métropolitain primat de Roumanie, qui réside à Bucharest. Le clergé roumain se divise en deux catégories: les moines de Saint Basile, astreints au célibat, et les prêtres séculiers, pouvant se marier. C'est dans la première catégorie seule que se recrute le haut clergé. La religion grecque fut pendant des siècles la religion dominante en Roumanie. Même sous le protectorat ottoman, les Roumains parvinrent à faire respecter le traité qui défendait de construire des mosquées sur leur territoire. Jamais les Turcs, il faut le dire à leur louange, ne firent la moindre tentative pour contrevenir à cette défense.
(À suivre.) Th. Hebbelynck.
EN ROUMANIE ON NE VOYAGE QU'EN VICTORIA (page [377]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
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