DANS LA VALLÉE DE L'OLT, LES «CASTRINZA» DES FEMMES SONT DÉCORÉES DE PAILLETTES MULTICOLORES (page [392]).

EN ROUMANIE[7]
Par M. TH. HEBBELYNCK.

II. — Le monastère d'Horezu. — Excursion à Bistritza. — Romnicu et le défilé de la Tour Rouge. — De Curtea de Arges à Campolung. — Défilé de Dimboviciora.

DANS LE VILLAGE DE SLANIC (page [395]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

À 65 kilomètres de Targu Jiul se trouve le monastère d'Horezu, tout près de la petite ville du même nom. Comme la route est assez fatigante, on a attelé à notre petite voiture habituelle, quatre chevaux, tous de front. Nous suivons une direction tout opposée à celle de Tismana; mais, comme hier, nous côtoyons le haut massif des Carpathes, et nous coupons transversalement une infinité de vallées qui descendent de la grande chaîne principale pour aller se perdre dans la puzsta Roumaine. Les vallées mêmes n'offrent guère d'aperçus remarquables, mais à chaque col nous découvrons des horizons immenses, empreints d'une poétique mélancolie. Tour à tour, nous dépassons de superbes forêts de chênes atteignant des hauteurs colossales, et de ravissants bois de bouleaux aux troncs d'argent et au feuillage frémissant. Nous faisons halte, tantôt sous un bosquet bien ombragé, où s'abrite un de ces puits à levier dont le bras unique se dresse vers le ciel, et où nos pauvres chevaux boivent à longs traits une eau pure et cristalline, tantôt à une modeste auberge de village, où nous pénétrons pour nous dégourdir un peu et aussi pour nous donner une idée de ces intérieurs villageois. Et tandis que, dans la salle commune, notre cocher prend sa petite bouteille de tzuica[8], liqueur de prunes, que les Roumains qualifient d'apéritif, l'hôte nous introduit dans la salle du fond, la salle d'honneur. Nous y trouvons comme meuble principal un grand lit-divan, scellé dans le plancher. Il est recouvert d'un beau tapis à rayures et de coussins ornés de broderies et d'initiales rouges et blanches. Aux murailles sont accrochées des chromolithographies alternant avec de gros nœuds de toile blanche, toujours brodés de la même façon et portant des initiales et des dates. Il n'y a dans toute la maison ni armoire ni commode. Elles sont remplacées par des coffres en bois de forme allongée, à la mode turque et serbe, dans lesquels on entasse pêle-mêle bijoux, souliers, vaisselle, toute la richesse. La salle du milieu est occupée par la famille. On y voit les métiers à tisser, des divans-lits, des poteries de toutes les formes, de très primitifs ustensiles de cuisine et un long baquet, creusé en forme de barque dans un tronc d'arbre. Ce baquet, qu'on retrouve dans toutes les maisons, s'emploie aux usages les plus divers. C'est le berceau portatif des enfants, le cuveau à laver des mamans et le bac à fourrage des bestiaux.

En général, durant la belle saison, les Roumains font la cuisine en plein air. Le soir, des familles entières se groupent près d'un brasier sur lequel bout la mamaliga[9], et à la nuit tombante la lueur rougeâtre du foyer, éclairant tous ces spectres blancs qui se meuvent alentour, donne au paysage un aspect effrayant et sinistre.