LES RELIGIEUSES DU MONASTÈRE D'HOREZU PORTENT LE MÊME COSTUME QUE LES MOINES (page [387]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Tout contribuable serbe est tenu de verser, chaque année, 90 kilos de maïs et autant de kilos de blé. Si un cultivateur, par suite d'un accident quelconque, manque de vivres, il lui est livré par les greniers communaux ce qu'il lui faut pour sa nourriture et ses semailles, à condition de restituer l'année suivante ce qu'il a prélevé pour ses besoins momentanés.
Cette institution fut d'une utilité incontestable lors de la guerre serbo-bulgare, et lors des inondations de 1897 qui furent aussi désastreuses pour la Serbie que pour la Roumanie. Chez les Roumains, rien de pareil, et ce défaut de précaution les place dans une situation d'infériorité incontestable[10].
Les céréales ne sont pas les seules ressources du district de Romnicu. Toute cette portion des Carpathes contient des minerais en abondance: or, argent, mercure, fer, cuivre, arsenic, plomb; mais jusqu'ici, toutes ces richesses ne sont que peu ou point exploitées.
C'est de Romnicu que l'on entreprend l'excursion de la passe de la Tour Rouge. Cette route a de tout temps été la grande ligne stratégique de la Valachie, et elle traverse les Alpes à un endroit où elles atteignent leur plus grande élévation et où elles prennent l'aspect le plus sauvage. C'est la route naturelle des invasions, celle que suivit Trajan pour vaincre les Daces, celle que suivirent les Turcs pour envahir la Hongrie.
Ce long défilé, dans lequel nous allons nous engager, a été, à tous les âges de l'histoire, le témoin de luttes héroïques. Mais de tout ce passé de sang et de gloire il ne reste aujourd'hui que bien peu de souvenirs. Quatre petits chevaux fringants, attelés de front, nous mènent en quatre heures et demie au Rotherthurm, distant de 64 kilomètres de Romnicu. Au sortir de la ville, on jouit d'une vue fort étendue sur la vallée de l'Olt, très large en cet endroit. Puis on approche rapidement des sombres Carpathes, et l'on ne tarde pas à s'arrêter dans la jolie petite ville de Calimanesti, située dans un site charmant, et où des sources minérales sulfatées, iodées et ferrugineuses attirent, chaque année, bon nombre de baigneurs.
La toilette des femmes a un caractère spécial dans cette partie de la vallée. Leurs «castrinza» sont décorées de paillettes multicolores qui scintillent sous les feux du soleil, et leurs voiles, toujours en tissus très légers et vaporeux, ont toutes sortes de nuances: on en voit de jaunes, de verts, de roses et de mauves.
Vers Cozia le paysage devient grandiose; des rochers volcaniques, aux formes bizarres et contournées, se rapprochent et dominent la route. Nous traversons le monastère de Cozia, dont la petite église domine le rocher de gauche, tandis qu'à droite s'élèvent les anciens cloîtres, aujourd'hui restaurés et transformés en pénitencier. Au delà de Cozia, de hautes falaises découpées à pic resserrent la route, le long de laquelle bouillonne l'Olt, dont nous suivrons désormais le cours tout le long du défilé.
Sur la rive opposée, le cocher attire notre attention sur les traces encore très visibles de la grande chaussée romaine et sur une large pierre isolée qui, détachée de la montagne, s'avance en cap dans la rivière. C'est la Table de Trajan. La légende dit que, du haut de cette pierre où il avait dressé sa tente, Trajan assista au défilé de ses légions victorieuses.