Dans la vallée de l'Olt, le paysage devient gai et riant, et à l'horizon s'estompent des montagnes richement boisées. Des birdj, couverts d'une lourde bâche et attelés de petits chevaux pleins d'entrain, reviennent de la ville, et de la large ouverture de devant surgissent de curieux petits minois bronzés, où brillent de grands yeux noirs intelligents. Plus loin, de lourds chariots remplis de blocs de sel gemme nous indiquent le voisinage des célèbres salines d'Ocna. Nous nous étions proposé de les visiter, mais déjà le jour baisse, et à six heures du soir les salines sont fermées. Nous aurons, du reste, l'occasion de voir celles de Slanic en Prahova, qu'on dit être les plus importantes et les plus belles de la Roumanie.

La petite ville d'Ocna, dont bientôt nous traversons l'unique et large artère, paraît fort intéressante et animée. Dois-je le dire? après les mauvais logements des jours derniers, nous éprouvons un petit serrement de cœur de ne pouvoir nous arrêter dans les délices d'Ocna, au milieu de ces riantes villas, dont une foule élégante encombre les terrasses. Nous avons à peine le temps de formuler nos regrets que nous voilà de nouveau en pleine campagne, au milieu de tentes déchirées et rapiécées, autour desquelles s'agite tout un peuple de Tziganes. Ils ont un aspect extrêmement sauvage et audacieux, et leur allure contraste avec la physionomie douce des Tziganes que nous avons rencontrés jusqu'ici en Roumanie.

ENTRÉE DE L'ÉGLISE DE CURTEA (page [393]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Après trois quarts d'heure de route, nous pénétrons dans Romnicu. C'est une ville bien roumaine. Les hôtels, avec leurs galeries au premier étage, contournant les cours intérieures comme de vrais caravansérails; les théâtres en plein air, où se jouent des drames et des vaudevilles; les restaurants où circulent des Turcs avec des pastilles du sérail, et jusqu'aux veilleurs qui, la nuit, à des intervalles réguliers, lancent des sifflements stridents et aigus, se répercutant dans la ville comme les appels des sentinelles dans les forteresses, tout cela donne à Romnicu une physionomie spéciale.

Adossée à la montagne, Romnicu voit s'étendre devant elle la riche plaine de l'Olt, avec d'énormes champs de froment et de maïs. La Roumanie, on le sait, produit des céréales en abondance, et exporte annuellement quantité de ses produits. Mais le paysan cultive mal; il brûle les engrais et se fie uniquement à la richesse du sol. De plus, comme il n'a aucune idée d'épargne ni d'économie, si les récoltes viennent à manquer par suite d'inondation, de grêle ou de sécheresse, la famine sévit dans le pays.

En Serbie, une loi de 1889 impose à chaque commune rurale l'établissement de greniers communaux, destinés à parer aux effets de la disette et devant servir, en cas de guerre, au ravitaillement des armées.