LA VIA NAPOLEONE QUI MONTE AU «PALAIS» DES MULINI.

Mais les souvenirs de l'enfant «ne sont point encore éveillés, et rien de cette première halte de l'existence ne devait survivre en son esprit.»

Plus tard, toutefois, on ne manqua pas de voir un rapport de prédestination entre le passage que l'auteur de l'Ode à la Colonne fit dans cette île, et celui de Napoléon, dix ans après; l'hyperbolique Biographie Rabbe imprimera en 1834: «La première nature qui se réfléchit dans la prunelle de Hugo fut cette âpre et sévère physionomie d'un lieu peu remarqué alors, si célèbre par la suite. Cette jeune vie s'harmonisait déjà avec la grande destinée qu'elle devait célébrer un jour; ce frêle écheveau se mêlait déjà à la trame splendide qu'il devait rehausser un jour!»

Tandis que je lis et copie l'inscription du marbre, surpris malgré moi de tous ces ressouvenirs français que je rencontre à chaque pas, je vois soudain venir se planter sous mon nez un bras noir, au bout duquel est une main noire, brandissant une bourse noire. Je me retourne brusquement, n'ayant rien entendu venir, et recule avec un peu d'effroi, je l'avoue, en voyant en face de moi un homme tout noir également—si l'on peut appeler «homme» un grand sac noir, se terminant par un capuchon pointu, percé de deux trous au fond desquels deux yeux luisent comme des chandelles. C'est un Pénitent en tournée de quête, et il me poursuit de son bras noir, de sa main noire et de sa bourse noire, en m'assourdissant d'une sonnette qu'il porte attachée à sa ceinture et qu'il sonne furieusement, jusqu'à ce que je lui aie donné les deux sous qu'il réclame.

Je demandai si c'était l'usage de se promener ainsi, en échappé de drame romantique; l'on me répondit que cela se faisait lorsque quelqu'un de la Confrérie était mort, et que la quête était au profit de la cérémonie funèbre.

LA SALLE DU CONSEIL À PORTO-FERRAIO AVEC LE PORTRAIT DE LA DERNIÈRE GRANDE-DUCHESSE DE TOSCANE ET CELUI DE NAPOLÉON D'APRÈS LE TABLEAU DE GÉRARD.