LA VILLE DE LUGANO DESCEND EN AMPHITHÉÂTRE JUSQU'AUX RIVES DE SON LAC.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

Ce sont des chiffres qui permettraient d'espérer le succès d'un musée.

La longueur totale du lac est de 50 kil. 300 mètres; son altitude est de 272 mètres; sa profondeur moyenne de 279 mètres; sa plus grande largeur de 3 000 mètres. Il appartient à la Suisse et à l'Italie; mais la Suisse possède la partie la plus grande et la plus importante. Des quatre grands lacs de la région, le lac de Côme seul est entièrement italien, eaux et rives. La Suisse a le coin du lac Majeur où est Locarno, et à l'Autriche appartient, au nord du lac de Garde, la ville de Riva et quelques kilomètres de rivage autour. Il y a là une chose assez particulière: l'Autriche possède la terre, mais l'eau qui la baigne est italienne; on est en Autriche tant qu'on touche le sol, dès qu'on met le pied sur un bateau ou qu'on prend un bain, on est en Italie.

Il s'ensuit que, même sur le lac de Côme, où la frontière est dans les montagnes voisines, la douane italienne a fort à faire pour empêcher la contrebande par eau. À cet effet, l'Italie a une organisation de douaniers lacustres; ils voyagent sur les bateaux à voyageurs, surveillent les rives et montent des torpilleurs déclassés de la marine de guerre. Ces petits navires restent à l'ancre dans la journée, mais le soir venu, ils chauffent et parcourent les eaux italiennes, lançant au loin des projections électriques, pour tâcher de découvrir les barques des contrebandiers qui en silence se glissent le long du rivage.

Lugano était occupée par les Romains, mais ils n'y ont laissé que quelques traces sans intérêt. On veut trouver un indice de l'occupation dans l'écusson de la cité formé par une croix et les quatre lettres L.V.G.A. qui peuvent, paraît-il, se traduire par Legio Quinta Gauni Auxiliaris. Gauni était l'ancien nom du lac; il a été ensuite appelé Ceresio, puis Lugano.

Qu'il y ait eu là un dépôt de troupes auxiliaires, c'est fort possible, vu la position stratégique; cependant, c'est peut-être aller un peu loin que d'admettre que le souvenir de la légion s'est perpétué dans l'écusson, alors que les lettres L.V.G.A. pourraient fort bien n'être que les deux premières syllabes du mot Lugano.

Pendant le Moyen Âge, Lugano, avec une partie du territoire dénommé le Tessin, fut conquise successivement par les seigneurs de Côme et ceux de Milan. En 1516, le duc Maximilien Sforza la céda aux Suisses, mais elle ne fut pas admise au rang de canton; le pays fut administré par des baillis qui la menèrent d'une façon parfois trop sévère; malgré ces vexations, les habitants, quoique de race italienne, restèrent toujours fidèles à la Suisse.

En 1798 seulement, le territoire fut déclaré indépendant; on le divisa en deux cantons, celui de Bellinzona et celui de Lugano. En 1803, les deux cantons furent réunis en un seul, sous le nom de Tessin. Le canton avait trois capitales: Bellinzona, Lugano et Locarno; l'administration se transportait successivement dans ces trois localités, ce qui n'était pas bien commode pour les affaires. Depuis 1886, Bellinzona est capitale unique.

La Suisse n'a que trois évêchés: Bâle-Soleure, Genève et Fribourg. À Coire, Sion, Saint-Gall et Lugano, la juridiction est exercée par des administrateurs apostoliques. Depuis 1886, les prélats qui ont cette charge à Lugano ont été des évêques in partibus.

Lugano, au début du XIXe siècle, avait 3 000 habitants et six couvents; les couvents ont été supprimés on 1848, mais les églises ont été en grande partie conservées.