LA CATHÉDRALE DE SAINT-LAURENT: SA FAÇADE EST DÉCORÉE DE FIGURES DE PROPHÈTES ET DE MÉDAILLONS D'APÔTRES (page [256]).—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

À côté de l'église, était un hospice transformé en couvent en 1525; il avait une foresteria, selon l'usage italien, quartier où pouvaient demeurer les étrangers, attirés dès lors à Lugano par la beauté du site. Supprimé une première fois en 1810, puis rétabli, le couvent fut définitivement abandonné en 1848, et son église changée en magasin; mais, depuis, elle a été rendue au culte.

L'architecture intérieure du sanctuaire est très simple. Un jubé, qui s'élève jusqu'au faîte, sépare la nef du chœur; au bas, il est percé de trois ouvertures. À droite de la nef, il y a trois chapelles; à gauche, un mur droit. Derrière l'autel majeur, une abside qui commence par un mur droit et finit en forme hémisphérique.

Sauf pour les fresques du jubé, nous n'avons aucun renseignement; les photographes ont, grâce à Luini, négligé les autres peintures, et personne jusqu'à présent n'a songé à les dessiner, quoiqu'elles le méritent grandement.

Les plus anciennes, dont il est fait mention dans le document de 1507, me paraissent être sous les voûtes du jubé. L'une montre saint François et un évêque; l'autre est un tableau d'histoire: au fond, on voit une grande ville avec des églises et des fortifications; en avant, saint Jean avec saint Laurent, entourés d'un peuple nombreux, debout ou à genoux; au premier plan, un jeune enfant malade gît sur un lit. On est d'accord à Lugano pour admettre que la scène est l'épisode d'une peste. Les pestes ont été nombreuses dans la localité; dans les seize dernières années du XVe siècle, il y en a eu trois; c'est à ces épidémies qu'il faut attribuer la vénération dont saint Roch est l'objet.

On sait que le saint, né à Montpellier vers 1295, abandonna sa fortune pour aller en Italie soigner les pestiférés, et qu'en route il exerça sa mission; il a certainement passé par Lugano; arrivé à Plaisance, il fut pris du mal, et pour ne pas le communiquer à d'autres, il alla se réfugier dans une grotte. Un chien, dont il est de mode de se moquer aujourd'hui, le découvrit: le saint guérit et s'en fut à Rome. Il revint dans son pays natal, fut pris pour un espion et jeté dans une prison, où il mourut en 1327. Lugano a conservé le souvenir de saint Roch, car son effigie se trouve dans presque toutes les églises.

Le peintre de l'arc sous le jubé était habile; il connaissait bien la perspective et a représenté la scène avec émotion. La fresque n'a pas été retouchée, mais elle est abîmée au bas par le frottement; non seulement on n'a rien fait pour la protéger, mais elle a été pourvue de barres et de crochets en fer destinés à retenir des étoffes et d'autres objets!

Il est fort probable que les trois chapelles de la nef étaient peintes à fresque; dans les deux premières, les parois ont été mises à neuf, et il n'y a aucune trace des anciennes peintures. Dans la troisième, dite l'Immacolata, nous sommes en présence des restes d'une décoration qui s'étendait sur toutes les surfaces de la chapelle: sur la gauche, on a jadis percé une fenêtre, sans égard pour la peinture qui tout entière fut cachée sous un badigeon de chaux.

Je ne sais à quelle époque le badigeon a été ordonné, mais je n'en fais pas un crime aux moines; au XVIe siècle, il fut de bon goût de mépriser les peintures des siècles antérieurs. Jules II, dont le pontificat eut lieu de 1503 à 1513, fit gratter dans les chambres du Vatican les fresques de Signorelli et du Pérugin. Lors de son voyage en Italie en 1739, le spirituel et érudit Charles Debrosse écrit que Giotto est tout au plus capable de peindre un jeu de paume! En Italie, le badigeon était entré dans les coutumes, et bien heureux encore lorsqu'on s'est contenté d'un lait de chaux et qu'on n'a pas raclé les peintures.