Une Madone avec l'Enfant et saint Jean, également apportée du couvent, est une œuvre exquise de tendresse et de sympathie maternelle.
SAINT SÉBASTIEN: DÉTAIL DE LA GRANDE FRESQUE DE LUINI À SAINTE-MARIE-DES-ANGES.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.
Les piliers des chapelles étaient peints à fresque, sans doute par Luini; il ne reste qu'une fresque montrant saint François et saint Bernardin; les autres ont été grattées; l'une a été recouverte en 1851 d'une plaque funéraire!
Lugano, de plus, conserve de Luini une fresque importante, non dans un édifice public, mais dans la villa Vedani, située près de l'église Saint-Roch. Lors de la suppression du couvent, on mit en vente les terrains et les immeubles d'une communauté de Franciscains; l'acquéreur eut la bonne fortune de se trouver ainsi en possession d'une Crucifixion de Luini; il la fit détacher de la muraille avec son enduit, et transporter dans le salon de sa villa, où elle est l'objet de soins particuliers.
Le Sauveur, dal vero, de grandeur naturelle, est en croix. À ses côtés sont deux anges ailés, debout: l'un tient le calice destiné à recueillir le sang, l'autre le bâton muni de l'éponge. Plus loin et sur le même plan, à droite du crucifix, la Madone, les mains jointes; à gauche saint Jean. Jésus-Christ est d'un très beau sentiment ainsi que les deux saints. Les anges sont d'une qualité inférieure et pourraient bien être d'une autre main. La fresque est sans retouches; elle a subi quelques avaries, mais l'ensemble n'en souffre pas trop. C'est une peinture excellente. J'ai dit que le personnage à gauche était saint Jean, d'autres écrivains y ont vu sainte Véronique; ils n'ont pas remarqué une légère barbe qui occupe le bas du visage.
Sur les motifs de la venue de Luini à Lugano, deux légendes ont cours, et la première présente une double variante.
Il aimait une jeune fille à Monza; pour la soustraire à sa recherche, la famille prit la résolution de l'emmener dans un couvent de Lugano; Luini la suivit, et c'est ainsi que Sainte-Marie-des-Anges eut sa fresque. La variante veut que Luini était à Lugano en train de peindre une fresque dans un couvent; il vit une jeune nonne, l'aima, s'en fit aimer et la décida à la fuite. La religieuse prit des habits d'homme et s'en fut avec le peintre; elle vécut avec lui, préparant ses couleurs, nettoyant ses pinceaux, tout en rajeunissant son inspiration et son cœur.