Le procédé en usage maintenant consiste à enlever la fresque avec son enduit; je ne puis pas entrer ici dans les détails d'une opération difficile, qui exige une habileté et une pratique consommées, mais je puis affirmer, pour l'avoir constaté avant et après l'enlèvement, que le travail, lorsqu'il est bien mené, laisse la fresque absolument telle qu'elle était, avec ses colorations et sans la moindre éraflure.

Le transport d'une fresque d'un endroit dans un autre est beaucoup plus rare que la levée du badigeon de lait de chaux, depuis que les peintures des XIVe et XVe siècles ont reconquis la faveur. Bien des systèmes ont été préconisés: application de toile ou de papier mouillé; contact de pastilles de cire et de térébenthine; percussion au moyen d'un petit marteau, etc., etc. Le procédé généralement employé est le suivant.

L'opérateur introduit, entre la pellicule de couleur et la pellicule de chaux, un instrument plat, très mince, de la forme d'une truelle, d'une spatule ou d'un couteau à palette, plus ou moins courbé et long. En manœuvrant avec une grande légèreté de main et de minutieuses précautions, le praticien arrive à détacher le gros de la couche de lait de chaux; puis il recommence avec des outils plus fins pour enlever les petites parcelles de chaux, logées de ci de là dans la peinture, l'enduit frais posé par le maçon n'étant pas toujours parfaitement lisse et des fissures ayant pu se former.

L'opération est tellement délicate et elle varie à ce point, selon les conditions où se trouve la fresque, que même le praticien peut obtenir d'excellents résultats sur une fresque et échouer sur une autre. Mais malgré toute l'habileté du praticien, la fresque débarrassée du badigeon n'apparaît pas dans l'état où elle était avant d'avoir été recouverte. Après plusieurs siècles de contact, le lait de chaux s'est amalgamé avec la couleur, et même lorsque la pellicule de chaux est enlevée, il reste sur la fresque une sorte de buée blanchâtre. On a préconisé divers moyens de l'enlever: paraffine dissoute dans la benzine, eau claire, boulette de mie de pain; c'est la boulette seule qui a été adoptée par les opérateurs prudents. Certes, elle n'enlève pas toute la buée, mais elle en atténue les effets.

Jadis, on reprenait au pinceau les couleurs affaiblies; à présent, ou défend cette pratique et on a bien raison, car nombre de fresques ont perdu leur caractère par les retouches.

Retoucher une fresque? dira-t-on, c'est impossible. Mais pas du tout. Lorsqu'une fresque est terminée et sèche, le peintre peut la reprendre; seulement, au lieu d'employer exclusivement des couleurs à l'eau, ce qu'on nomme, en Italie, peinture à buono fresco, il sera obligé de travailler à tempera, siccité, c'est-à-dire avec des couleurs préparées à la colle à l'œuf ou avec d'autres matières agglutinatives; la tempera donne des effets moins harmonieux que le buono fresco et a l'inconvénient de déteindre à l'eau; on en évite l'emploi autant que possible.

Au surplus, je vous renvoie à Lugano, la ville des fresques, car rien ne vaut un séjour dans cette délicieuse petite ville pour apprécier la beauté de ce genre, dont les peintres italiens tirèrent de si grands effets.

Gerspach.

Lugano 1902.