La fresque de 1400 représente le Jugement dernier; la composition est banale, mais enfin elle est admissible. La zone inférieure, qui montre les supplices des damnés, est repoussante de réalisme et d'obscénité; à première vue, on sent que deux peintres ont travaillé là; une inscription, du reste, en témoigne. Elle apprend que maître Lanfranco et son fils Filippo de Veris ont été en 1400 chargés de ce travail par les écoliers de Sainte-Marie-des-Hirondelles et d'autres personnes de Campione; ces deux peintres sont absolument inconnus.
LUGANO: LE QUAI ET LE FAUBOURG PARADISO.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.
La date de 1473 est sur une délicieuse petite fresque, l'Annonciation, traitée dans la manière toscane.
L'année 1514 est inscrite sur une grande; je la crois du Bramantino; elle représente Adam et Ève chassés du paradis terrestre; elle était sous le portique du nord; on craignit sans doute pour sa conservation et on la fit détacher, malgré sa grande dimension, et transporter sur le mur du portique du sud. La crainte, à mon sens, a été très exagérée, car, dans ce même Campione, on voit sur l'ancien palais ambrosien, une figure à fresque de saint Ambroise, peinte en 1620, et restée en très bon état.
Maintenant, je crois utile d'expliquer, sans entrer dans trop de détails techniques, les procédés employés pour transporter une fresque d'un endroit dans un autre et pour la débarrasser du lait de chaux. Ces procédés, en effet, sont, en général, fort peu connus dans les pays où les fresques sont très rares. En France, on trouve sous la plume de plusieurs professionnels, même académiciens, un singulier abus du mot fresque; on lit, par exemple, les fresques de Puvis de Chavannes au Panthéon et à la Sorbonne. Or les peintures de Paris ne sont nullement, comme la fresque, exécutées en place sur un enduit frais appliqué contre la muraille, mais peintes à l'atelier, sur toile et à l'huile, et ensuite posées contre les murs, par marouflage.
Par suite de circonstances diverses, on peut se trouver dans la nécessité de déplacer une fresque. Lorsque le mur sur laquelle elle est peinte peut être démoli, l'opération du déplacement est relativement facile; il suffit alors de scier le mur avec précaution, après avoir garanti la peinture au moyen d'un parquet de bois capitonné. Mais lorsque la muraille doit rester en place, la chose est plus compliquée.
En ce cas, on peut employer plusieurs procédés. Le plus ancien remonte à deux siècles environ; c'est la méthode de l'entoilage. Elle consiste à appliquer sur la fresque des bandes de coton imbibées de colle; elles ont pour fonction de détacher de l'enduit la pellicule de couleur et de la fixer contre les bandes. Après siccité, ou recouvre les bandes d'une toile, on enlève l'appareil et, par renversement, on reconstitue la fresque sur la nouvelle place qu'elle doit occuper. L'opération est extrêmement délicate; elle peut manquer à cause de la composition de la colle et parce que certaines couleurs résistent à son action; en ce cas, l'opérateur n'hésite pas à retoucher à la main les parties mal venues.
Pour mon compte, je ne connais pas une seule fresque enlevée par entoilage qui n'ait subi des dommages, dont le moindre est un affaiblissement de coloration, tel que l'harmonie générale se trouve rompue. Les habiles praticiens italiens ont, depuis longtemps, reconnu les inconvénients de l'entoilage, et s'ils l'emploient encore, c'est par nécessité absolue; c'est un remède in extremis.