Vers trois heures nous arrivons tous au bas du coteau, dont la bordure s'était écroulée par suite de l'érosion du torrent. Le paysage manque toujours de charme, bien qu'il s'égaye de quelques arbrisseaux blottis dans les anses de la berge. Des bouquets de crucifères, couleur safran, des chardons, des centaurées rouges et des anémones jaunes folâtrant en de longues traînées sur les buissons, se disputent une piètre existence dans le maigre terrain du talus. Quelquefois un ruisseau jaillit on ne sait comment de ce roc torréfié et arrose des parterres de graminées, formant de véritables oasis, dans le pierrier interrompu.

Sur une petite terrasse du rivage, quelque chose d'insolite attire notre attention. C'est un tombeau kirghize formé par des troncs d'arbres entrecroisés, au centre duquel s'élève une pyramide de cailloux.

NOTRE PETITE TROUPE S'AVENTURE AUDACIEUSEMENT SUR LA PENTE GLACÉE (page [482]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Peu de temps après, nous atteignons un aël abandonné de nomades. C'est là qu'ils viennent s'établir pendant la mauvaise saison, car il paraît qu'alors, le versant que nous venons d'arpenter dans sa hauteur, exposé comme il est aux rayons du soleil, se débarrasse vite de la neige, et se recouvre d'herbes. Autour d'un gros bloc de granit, on voit distinctement les cercles tracés par les keregas, c'est-à-dire les treillis de bois qui forment la carcasse de la yourte. Au milieu, les trois pierres calcinées de l'âtre, sont encore debout. L'herbe a poussé, drue et haute, là où le stationnement prolongé des animaux a engraissé le sol.

Mais, au lieu de nous installer dans cet emplacement, nous préférons nous cacher à l'abri d'un mamelon, afin de protéger notre camp de l'haleine par trop réfrigérante du glacier qui, tout près de nous, vomit par mille bouches des torrents d'eau bourbeuse. En face, la masse écrasante du Kizil-tao, voilée de nuages, nous menace incessamment de tonnantes avalanches, dont la chute nous amuse plutôt qu'elle ne nous effraie, car nous sommes hors de leur portée. En amont, une mignonne cascade apparaît parmi les broussailles.

VALLÉE SUPÉRIEURE D'INGHILTCHIK.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.