IV. — Vers l'aiguille d'Oustchiar. — L'aoul de Kaënde. — En vue du Khan Tengri. — Le glacier de Kaënde. — Bloqués par la neige. — Nous songeons au retour. — Dans la vallée de l'Irtach. — Chez le kaltchè. — Cuisine de Kirghize. — Fin des travaux topographiques. — Un enterrement kirghize.
ENFANT KIRGHIZE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
1er août.—Journée de repos aux gorges d'Artchiar. On prend force bains d'eau et de soleil. On herborise dans les environs; des plantes rares enrichissent notre collection. Dans l'après-midi, une bande de loups traverse les coteaux. Nous leur envoyons quelques balles; ils se sauvent en hurlant.
Pendant la nuit s'est abattue une pluie torrentielle, et vingt-quatre heures durant c'est une cataracte du ciel, une avalanche de boue et de pierres qui nous tiennent confinés sous nos tentes. La montagne semble prise d'une attaque de nerfs. Le Koékab-sou, formant la gouttière des deux versants, recueille l'apport de milliers de torrents, qui se précipitent des hauteurs, entraînant tout sur leur passage. La montagne ressemble à une énorme éponge, vomissant de toutes parts des flots de liquide.
Les deux fleuves varient à tout moment la direction de leur courant, et viennent menacer le soubassement de notre logis.
Le 3 août, en sortant des tentes, nous retrouvons un ciel limpide comme une glace, et un soleil flamboyant. La montagne s'est tue, et de l'emportement de la veille il ne subsiste que de tardifs larmoiements qui ruissellent dans les rainures, et imprègnent l'air d'une agréable fraîcheur.
Nous pouvons donc, sans trop de dangers, affronter le défilé d'Artchiar, remonter au col, recommencer en somme le chemin que nous avions fait cinq jours auparavant.
Le soir, quand, après avoir rencontré en route un berger et son troupeau nous arrivons à Oustchiar, les nomades se montrent enchantés de nous revoir. Nous y trouvons un courrier mandé exprès par le gouverneur de Prjevalsk. Il nous présente une lettre par laquelle nous apprenons la guerre qui vient d'éclater en Chine. Ce fonctionnaire nous conseille fort d'éviter ce territoire volcanique, pour nous épargner des désagréments.