Sa Majesté parla beaucoup de l'Empereur et de la France, et montra une grande connaissance de la géographie de notre pays. En sortant de son audience, nous saluâmes aux mêmes places où nous avions salué en arrivant, et nous nous rendîmes chez le premier ministre, qui nous attendait dans une autre cour du palais.

Nouvelles constructions à Téhéran. — Température. — Longévité.

Autrefois, c'est-à-dire il y a trente ans, il était pour ainsi dire impossible de rester, même au printemps, dans la capitale. La fièvre ne manquait pas de saisir les résidents obstinés et en faisait prompte justice. L'air était empesté, l'eau mauvaise, et, quand on sortait des autres villes de Perse pour venir dans ces lieux décriés, on croyait aller à la mort. Tout s'est beaucoup amélioré. La ville, naguère sale et en décombres, s'est nettoyée et relevée; on y construit beaucoup, et de belles et grandes maisons; les bazars y deviennent magnifiques et nombreux. Il y a un an à peine que s'est élevé le caravansérail d'Hadjeb-Eddoouleh, que l'on peut appeler un des beaux monuments de la Perse, et qui pourrait être cité avec honneur à côté des plus élégantes constructions d'Ispahan. Enfin, le roi a fait bâtir autour du Marché-Vert, Meydân-ê-Sebz, au centre de la ville, d'élégantes galeries; cette place même, bien pavée, ornée d'un grand bassin carré, est rendue plus remarquable par la porte de la forteresse flanquée de deux tourelles couvertes du haut en bas de mosaïques en émail. Il ne se passe pas une année qui ne voie s'élever de toutes parts, au dedans et au dehors de la ville, de beaux édifices. Les ruines existeront toujours, puisqu'une ville persane sans ruines n'est pas possible, mais le terrain se déblaye, et la quantité d'eaux courantes et saines que le roi a fait venir de la montagne, a singulièrement amélioré les chemins. Les descriptions de Téhéran, publiées jusqu'à 1845, ne sont plus vraies.

Mais, comme pour lutter contre toutes les améliorations très-grandes et très-réelles qui se sont introduites sous le nouveau règne, le choléra, depuis huit ou neuf ans, fait de terribles ravages dans la Perse septentrionale, et principalement pendant l'été. Ce nous fut une raison de plus pour gagner la campagne.

Nous allâmes nous établir à Roustamabad, assez joli village à deux lieues au nord, très-voisin du palais de Niavérân, où le roi était fixé.

La Perse n'est pas cependant un pays malsain en lui-même. Le choléra est malheureusement un fléau qui se montre sous toutes les latitudes. Cependant, en Perse, il ne pénètre pas dans les montagnes, et comme les montagnes ne sont jamais bien loin, on peut le fuir en s'y réfugiant. La fièvre, il est vrai, est la souveraine de l'Asie; elle existe en Perse, et existe partout. Les indigènes la prennent aussi bien que les étrangers, et on ne peut trop deviner la cause de l'intensité de ce fléau. Il est seulement à observer que, comme le choléra, il se guérit généralement sur les hauts lieux. Mais si on a été touché une fois, on garde une grande disposition à retomber sous son empire. Les variétés de ce mal sont très-nombreuses, et depuis la fièvre du Ghylan, qui emporte le malade au troisième accès, jusqu'aux fièvres intermittentes qui durent pendant des années, il existe des nuances infinies, mais toutes détestables. Ceci mis à part, les affections d'autre nature sont rares, et la population présente des cas très-nombreux de longévité. J'ai vu souvent, dans les villages, des paysans qui n'avaient guère moins de quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans. Les centenaires ne passent pas non plus pour introuvables. Je ne puis que répéter ici ce que j'ai déjà dit du sud de la Perse; tous les gens que j'ai observés dans les villes et dans les champs m'ont paru forts, bien portants et alertes.

Les nomades.

Les Persans aiment la locomotion. Les paysans eux-mêmes passent volontiers d'une province dans une autre. Il suffit qu'un villageois se trouve trop chargé de contributions pour qu'un beau soir il déménage. Il met son argent dans sa ceinture, sa femme sur un âne; le bœuf et le cheval portent le mobilier. On rencontre souvent des familles rustiques circulant ainsi dans l'empire. Elles sont bien accueillies par les nouveaux concitoyens qu'elles viennent chercher, et qui sont bien aises du secours de ces bras pour la culture d'une terre toujours trop vaste.

Mais ces hommes en quête d'une résidence ne sont que des voyageurs temporaires. Il existe une classe d'êtres qui fait d'un déplacement constant à peu près le but de sa vie. Ce sont les derviches, qui, n'ayant le plus souvent d'autre occupation, ne se bornent pas à parcourir la Perse, et vont, sans hésiter, à Calcutta, à Constantinople, au Caire, et cela d'autant plus aisément que leurs pérégrinations ne leur coûtent absolument rien. J'en ai vu et pratiqué beaucoup, et je les tiens, en général, pour très-intéressants à connaître. Il y a sans doute, parmi eux, bon nombre de vagabonds purs et simples; mais çà et là on rencontre une perle, et c'est assez pour leur donner de la valeur.