Le Rjukandfoss.—Dessin de Doré d'après M. Riant.

Il faudrait, pour bien jouir de la beauté hors ligne du Vestfjordal, se fixer à Dal trois ou quatre jours: on pourrait au bout de vingt-quatre heures se procurer les chevaux[7] que nous n'avons pas eu le temps d'attendre, et faire sans fatigue l'excursion du Rjukan. Au retour on franchirait les fjeds du Gausta, célèbre par la légende de la noce pétrifiée, dont on montre toutes les victimes, y compris le chien et le chat. Pour nous, trompés par des renseignements inexacts, et forcés d'être de retour le surlendemain à Tinoset sous peine de manquer à nos forbuds, nous fûmes désagréablement surpris d'apprendre que, faute de chevaux, il faudrait faire à pied l'excursion du Rjukan.

En somme, à six heures du matin, après avoir pris pour guide un de nos bateliers, otage salutaire de notre bateau resté à Mœl, nous partions pour le Rjukan, situé à vingt kilomètres de là en remontant la vallée.

La route ombragée de bouleaux côtoie les prairies arrosées par le Maan. À deux kilomètres de Dal et de sa petite église, nous avons la bonne fortune de trouver un paysan qui nous promet un cheval pour revenir le soir de Dal à Mœl. La perspective de ne point refaire à pied le chemin de la veille nous fait paraître moins long celui-ci. À six kilomètres de Dal commence la côte d'Ingolfsland.

La vallée se rétrécit; au fond le Maan, qu'on domine de plus de trois cents pieds, n'est plus qu'un large ruban d'écume bondissant ça et là à travers les sapins qui couvrent les deux pentes opposées de la montagne. Au sommet de la côte est le sæter d'Ingolfsland, la route le dépasse pour monter sur le fjeld et gagner la nappe supérieure du Mjösvand.

Il faut s'arrêter au sæter pour jeter en arrière un coup d'œil sur la vue splendide delà vallée qu'on vient de remonter, avec les Fjelds du Tinn pour horizon et le Gausta à droite en premier plan.

Un chalet à Bamble.—Dessin de Lancelot d'après M. Riant.

À gauche, se précipitent du sommet même du Fjeld et serpentent le long de la montagne les longs bras d'une chute énorme qui tombe de rochers en rochers sans que l'œil perde un instant son cours écumant. Le torrent, passe sous un hardi pont de bois, et roule et court, avant de grossir le Maan, faire mouvoir une scierie à peine terminée.