Le Fils de Dieu ajouta:

«Je vous donne pour vêtements l'écorce des arbres et le jonc des marais, et je pourvoirai à votre nourriture. Je reste encore un jour sur terre. Allez et réfléchissez, car vous pourrez me demander ce que vous voulez.»

Un homme, profondément endormi, n'avait pas répondu à l'appel du Fils de Dieu; apprenant par le peuple qu'il était encore sur terre, il alla le trouver: «Vous avez comblé les autres de bienfaits, lui dit-il, mais à moi, qui étais absent, qu'allez-vous me donner?»—«Je te fais maître de la terre, répondit le Fils de Dieu. Va-t'en et dis aux hommes que tu es leur roi; tu empêcheras ceux qui te désobéiront de cultiver la terre et de nourrir ainsi leur famille, et je les tuerai.»

Le Fils de Dieu regagna alors le ciel, et, en s'élevant dans les airs il eut l'idée de tuer un homme, pour voir ce que feraient les autres. Les autres se mirent à pleurer, et le Fils de Dieu, ému de cette douleur, alla demander à son Père des remèdes pour le ressusciter.

Après avoir reçu une poussière destinée à la résurrection des morts, il redescendit sur terre. Mais il se trouvait encore dans le firmament, qu'il vit chanter et danser les hommes qui pleuraient auparavant. «Puisqu'ils se consolent de la mort, s'écria-t-il, je ne leur donnerai pas la poussière de la résurrection», et il la jeta dans les eaux et dans l'air. Aussi, depuis ce temps-là, l'air guérit les hommes étouffés par la chaleur, et l'eau, projetée sur un malade évanoui, le ramène à la vie. Parvenu dans le ciel, le Fils de Dieu rendit compte à son Père de sa mission: «Quand j'ai quitté la terre, les hommes pleuraient; quand j'y suis revenu, ils dansaient!»—«Puisque la mort ne les attriste pas, répondit le Père, je les ferai mourir, eux et leurs enfants. La terre ne gardera que leurs os, et leurs âmes monteront au ciel.»

Dieu créa alors le Soleil, la Lune et les Étoiles pour éclairer le monde, puis il leur dit: «Mon Fils est malade; le devin exige pour sa guérison la mort de l'un d'entre vous.»—«on, répondirent les astres, nous ne pouvons pas donner notre vie pour la guérison de votre Fils.» Dieu s'adressa alors aux nuages: «Qui d'entre vous veut sacrifier sa vie pour le salut de mon Fils?»—«Tuez celui que vous voudrez parmi nous, répondirent-ils, si cet holocauste peut sauver votre Fils.»—«Puisque vous êtes prêts à donner votre existence pour mon Fils, je vous considère comme mes enfants», s'écria Dieu, et pour les récompenser il leur donna le pouvoir d'obscurcir le Soleil, la Lune et les Étoiles.

Comme on le voit, le Dieu des Tanala est encore primitif; il est fait à leur image, et, comme eux, il consulte le devin à propos de la maladie de son Fils. Mais à côté de cette conception encore bien simple de la divinité, il existe une croyance très précise en l'immortalité de l'âme.

Les Tanala donnent à l'âme trois noms différents. Tantôt, ils l'appellent aloya, et ce mot semble désigner la forme extérieure de l'âme, c'est-à-dire une ombre. Malheur à celui qu'effleure cette ombre: c'est pour lui un signe de mort. Tantôt ils la dénomment ambiroa. L'ambiroa paraît être l'essence même de l'âme, ce qu'il y a en elle d'impalpable et d'immortel. Tantôt enfin, ils la désignent par le mot pahasivy, c'est-à-dire «neuvième»; dans le sikidy, en effet, l'âme des morts est représentée par la neuvième figure: il en résulterait que cette appellation pourrait s'appliquer aux âmes des morts considérées comme bienfaisantes ou malfaisantes dans leurs rapports avec les vivants, et à qui l'on adresse des prières, des offrandes, des sacrifices.