LE BATTAGE DU RIZ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

L'âme ne monte pas directement au ciel; elle subit d'abord une série de passages dans le corps de certains animaux, les uns imaginaires, les autres réels. Ces diverses transformations rappellent la théorie de la métempsycose: elles en diffèrent toutefois en ce sens que l'homme pourrait, dans une certaine mesure, choisir lui-même la future demeure de son âme. D'après la croyance la plus répandue, l'âme des morts se transforme d'abord en kokolampy. Ce kokolampy est un être imaginaire: spectre à longs cheveux, il erre dans les forêts sombres, rôde autour des tombeaux, se nourrit de crabes, et le jour se cache dans les grottes. La nuit, il fait entendre des appels sinistres, analogues, mais avec plus d'intensité, au chant quatre fois répété de notre chouette. Alors, le silence règne, lugubre, dans les villages; les conversations cessent, et quelquefois, dit la légende, la toiture des cases s'écroule, les feux s'éteignent. Le cri du kokolampy est sans doute celui de l'oiseau appelé anka ou torotoroka, mais il inspire dans l'Ikongo une crainte superstitieuse, et jamais un Tanala n'ose s'aventurer seul la nuit dans la grande forêt. Quand le kokolampy meurt, l'âme se réfugie dans le corps d'un gros papillon nocturne, très avide de miel, le voangoambe. Quand on le rencontre, c'est un signe de mort pour un membre de la famille. À la mort du voangoambe, l'âme passe dans le corps d'un caméléon du Tam-be; puis dans celui d'un insecte appelé angalatsaka, et enfin dans celui de la fourmi. À la mort de la fourmi, l'ambiroa reste libre dans les airs.

UNE HALTE DE PARTISANS DANS LA FORÊT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les transformations de l'âme peuvent encore être différentes. Elle vient habiter parfois dans le corps du vorondreha, sorte de gros faucon que les Tanala s'abstiennent de tuer, et dont le cri présage pour eux soit le décès d'un roi, soit une guerre future. À sa mort, cet oiseau se transforme en ces légers tourbillons de vent, vara, qui entraînent à la surface du sol des brindilles et des feuilles sèches. Malheur à un Tanala quand le vara se dirige vers lui! Malheur à lui, quand, ce tourbillon faisant du bruit dans les herbes, il va voir ce que c'est et trouve un œuf de perdrix: c'est un signe de mort pour lui ou pour ses parents. Enfin, les âmes peuvent aussi habiter dans le corps de toutes sortes d'animaux, même des caïmans.

Les mânes des morts portent encore deux noms différents: les lolo et les angatra. On a cru voir quelquefois, dans les angatra, la personnification du principe du Mal, en opposition avec Zanahary, le principe du Bien. Cette conception de deux divinités, l'une bienfaisante, l'autre malfaisante, et toujours en lutte, n'existe pas chez les Tanala. Pour eux, les angatra ou lolo sont simplement les âmes des défunts. Elles errent sur la terre, rôdent autour des villages, se groupent dans les champs, formant de véritables cités des ombres.

Il existe telle rizière, à l'est de Fort-Carnot, que les indigènes ne cultivent jamais: elle est habitée par les lolo. Il existe tel terrain près de Marotady, où les Marohala ne veulent pas construire de maisons; il est hanté par les angatra.

Le massif de l'Iratra ou Ambondrombe forme les Champs-Élysées de la légende malgache. C'est là que demeurent les âmes des Tanala, des Betsileo, des Bara, des Hova; c'est de là aussi que descend le Maintimbahatra, rivière sacrée de l'Ikongo. Dans son cours de 30 kilomètres, au milieu de la forêt vierge, dans ses ondes fraîches, transparentes et rapides, viennent se désaltérer les lolo qui errent dans les bois. C'est là aussi qu'habitent les fées, les andriambavyrano aux longs cheveux, qui nagent dans les eaux profondes, et se cachent dans le creux des rochers.

Les âmes des morts ne se désintéressent nullement de ce qui se passe sur terre. Elles continuent à avoir des besoins, elles s'adressent aux vivants, leur envoient des songes, leur demandent des offrandes et leur donnent en échange la santé ou la maladie. Souvent même, elles sont malfaisantes, et, quand on ne peut pas se concilier leurs faveurs, on cherche à les éloigner des villages par tous les moyens possibles. Ainsi, afin de les empêcher de pénétrer dans les cases, on place près de la porte une petite massue et une hachette en bois, recouvertes d'un chapeau de paille. Cette conception toute physique de leur existence, cette notion de leur toute-puissance et de leur ingérence continuelle dans les affaires de ce monde, ont pour conséquence le culte que les Tanala professent pour elles.