Si l'on parcourt l'Ikongo, on trouve à chaque pas des monuments de pierre. Certains consistent en d'immenses pierres levées, tantôt isolées, tantôt groupées, et atteignant parfois 3 et 4 mètres de hauteur. Ces sortes de menhirs portent le nom de vato-lahy ou d'orimbato. Ils n'ont pas un caractère religieux très marqué. Tantôt ils sont destinés à perpétuer la mémoire d'un homme; tantôt ils rappellent certains événements, grandes palabres, traités entre les rois tanala; les vato-lahy de Marotady consacrent un pacte d'alliance conclu entre les chefs zafirambo; tantôt ils ont été élevés lors de la fondation d'un village, et dans ce cas ils portent plus particulièrement le nom d'orimbato; tantôt enfin, leur signification s'est perdue dans le cours des siècles: le menhir d'Antaranzaha a été élevé par les hommes d'autrefois, à quelle occasion? en quel honneur? les indigènes eux-mêmes n'en savent rien.
D'autres monuments, très nombreux encore dans le pays tanala, ont la forme de dolmens. Tantôt, ils sont isolés et se dressent au bord d'un sentier, sous un arbre; tantôt, ils forment des alignements de quatre à six autels. C'est là qu'avant d'enterrer leurs morts, les Tanala viennent verser le pus et les matières liquides qui découlent des cadavres; c'est là que d'après eux, habitent les âmes des ancêtres, c'est là aussi qu'ils leur adressent leurs prières et leurs remerciements. On y trouve toujours une feuille d'amomum ou de bananier, autrefois pleine de riz et de manioc, avec un nœud de bambou destiné à recevoir du rhum ou du miel. Souvent, les offrandes sont plus variées et plus appropriées aux divers besoins des âmes. À Vohimary existe un alignement très pittoresque. Un autel est dédié aux mânes d'une femme ou d'un enfant: il est surmonté d'un jouet; d'autres sont dédiés à des hommes: on y voit une assiette, une pipe, un chapeau, un bambou contenant du rhum. À côté de chaque dolmen, se dressent des pierres en forme de bornes et revêtues d'étoffes destinées à servir de vêtements aux lolo. Enfin, en arrière de cet alignement, s'élève une perche surmontée de deux cornes de bœuf, témoignant de la piété des habitants de Vohimary et des sacrifices qu'ils font aux mânes des défunts.
(À suivre.) Ardant du Picq.
FEMMES DES ENVIRONS DE FORT-CARNOT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
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TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—47e LIV. No 47.—25 Novembre 1905.