FEMMES TANALA TISSANT UN LAMBA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Parler de l'art chez les Tanala est sans doute chose délicate. Mais est-il possible que ce peuple jaloux de son histoire et de sa liberté, possesseur de croyances religieuses si pittoresques, n'ait pas une conception originale du beau, des notions esthétiques particulières, et même un certain sentiment de la nature? Le culte de la beauté pourrait-il ne pas exister chez une race aux hommes vigoureux, aux femmes sveltes, dont les formes souples et harmonieuses font songer à l'antique statue de Diane chasseresse? Tous ces sentiments doivent certainement se trouver chez eux à l'état latent, car il est difficile de croire qu'un peuple quelconque y puisse rester complètement étranger. Mais une civilisation encore peu avancée, une paresse naturelle les ont empêchés de les manifester. On en trouve pourtant de vagues traces dans leur façon de se vêtir, de se parer, d'orner leurs maisons, de confectionner les outils, les armes et les autres menus objets, et des vestiges plus intéressants dans la musique, la danse et la poésie.
Les seuls vêtements des hommes sont le salaka, longue bande de toile qui passe entre les jambes et s'enroule ensuite autour des reins, et le lamba. Encore n'est-ce point le lamba hova, tantôt d'une blancheur immaculée, tantôt teint de couleurs variées, mais toujours savamment drapé et retombant en plis harmonieux à la façon d'une toge: c'est un morceau d'écorce, fendillé, rigide, étroit, mal travaillé et mal assoupli à l'aide d'un maillet; c'est quelquefois aussi un morceau d'étoffe étriqué, déchiré et sale. Tout respire ici la pauvreté et la paresse. Les jours de chasse et de combat, ce lamba primitif est abandonné pour un justaucorps en jonc tressé, sans manches, descendant à mi-cuisse, s'arrêtant aux aisselles et retenu sur l'épaule droite par un lien quelconque. Ce vêtement fixé à la taille par une ceinture est également celui des femmes. Il est quelquefois remplacé par une pièce de toile enroulée autour des reins, et rarement complétée par un lamba. Quant aux enfants, ils sont nus jusqu'à l'âge de quatre ou cinq ans.
La coiffure consiste en un chapeau de paille rond et sans bords, en forme de calotte. L'arrangement des cheveux est le même pour les deux sexes, et ne manque pas d'originalité. Ils sont disposés en une multitude de petites tresses, courtes comme des bigoudis et alignées en rangées horizontales et parallèles, comme la chevelure des guerriers assyriens représentés sur les bas-reliefs. Souvent les femmes augmentent la longueur de ces tresses, mais sans jamais leur donner plus de dix centimètres; quelquefois encore, surtout chez les Vohimanana où se fait sentir l'influence bara, elles les disposent en boules enduites de graisse, ou bien en bandeaux allant du front à la nuque où ils se terminent en chignon.
Cette coiffure est complétée par des ornements. Les hommes se contentent de quelques bouts de bois, d'une ou deux perles accrochées à une mèche. Les femmes portent une couronne de perles blanches, ornée sur le devant d'un disque d'étain. Au-dessous de cette couronne, elles placent le miriza, bandeau de drap noir festonné de perles blanches et rouges. Derrière la tête ou sur le côté, elles suspendent des perles et des plaques d'étain; quelquefois encore elles fixent dans leur chevelure des pièces de monnaie ou des baguettes de bois ornées de clous dorés. Elles chargent la tête de leurs enfants de longues perles en faïence colorée qui leur retombent sur le front. Les colliers sont également en grand honneur dans l'Ikongo.
Le tatouage vient compléter ces ornements. Il est pratiqué à l'aide de piqûres enduites de suie et on le trouve chez soixante femmes sur cent. Il leur sert à accentuer la ligne des sourcils, à dessiner des colliers sur la poitrine, des ornements divers sur les bras. Sur les mollets, il affecte la forme des lacis des jambières écossaises; sur le dos de la main, il suit les phalanges. Les hommes portent eux aussi des tatouages sur la poitrine, sur les bras et sur les épaules. Tous ces dessins sont réguliers et bien symétriques, mais ils sont tous rectilignes. Jamais, comme dans le Betsileo, ils ne représentent un bœuf ou un autre animal.
Les Tanala ne sont pas plus soucieux de leur habitation que de leurs vêtements. Ils se contentent de cases carrées d'environ 3m50 de côté, et composées d'une seule pièce. Les murs latéraux ont au maximum 2 mètres de hauteur, le faîte du toit s'élève en moyenne à 4 mètres. Ces maisons exiguës sont tantôt bâties sur le sol, tantôt légèrement surélevées. Dans ce dernier cas, le plancher est formé de pièces de bois mal équarries ou bien d'écorces d'arbre développées et aplaties. Il est recouvert de nattes. Dans un coin, le sol exhaussé s'élève à la hauteur du plancher et forme le foyer. Les murs sont ordinairement en bambous écrasés et tressés; souvent aussi, surtout en descendant vers la côte, ils sont formés par les grosses nervures des feuilles de l'arbre du voyageur embrochées côte à côte; quelquefois enfin ils sont faits avec des feuilles de vakoa, principalement dans les villages au pied de la falaise et dans la forêt, ou simplement en paille ou en feuilles d'amomum. Le toit est en chaume ou en feuilles de l'arbre du voyageur. Sa partie supérieure déborde et se termine en pointe aux deux pignons, donnant à chacun des versants la forme d'un trapèze régulier dont la grande base serait le faîte. Les petites vérandas ainsi construites protègent les deux façades contre la pluie. Une ouverture est pratiquée sur chacun des quatre côtés de la case. Ces portes sont fermées par de simples claies. Les maisons des chefs se distinguent des autres par des dimensions un peu plus grandes et par une construction plus soignée.
Le mobilier est sommaire. À 1m50 environ au-dessus du foyer se trouve une grande étagère en bambous: c'est là que se placent le bois à brûler, les marmites, les diverses provisions. Du côté opposé et située à la même hauteur, une longue planche occupe toute la largeur de la case. On y voit des nattes roulées, des paniers contenant du riz, des haricots, du manioc, des cuillers et autres ustensiles de ménage. Dans un coin de la maison, on aperçoit un van, un mortier à piler le riz, un tonneau à miel, des haches, des sagaies, des bûches, des cannes. Des bouteilles sont suspendues aux murs. Il n'y a pas de lit: les Tanala se contentent de dérouler chaque soir une natte, et de s'y étendre. C'est là tout le mobilier, c'est là toute l'habitation. Le seul ornement consiste en de petites cornes en bois, en forme de croissant, et surmontant chaque pignon. D'autres cornes droites et pointues, parfois longues de 1 mètre à 1m50, servent à désigner la maison des chefs, où l'on donne l'hospitalité aux étrangers et où l'on dépose les morts.