Les mois ont chacun 4 semaines de 3 jours, et 8 semaines de 2 jours. Pour compter le temps, les ombiasa se servent d'une lamelle de bambou percée de 28 trous, groupés par trois et par deux dans l'ordre des semaines. Une cheville, déplacée chaque jour, complète ce calendrier perpétuel. Malheureusement, les devins oublient souvent de la déplacer, et il en résulte dans l'appréciation du temps un manque de concordance complet entre les diverses tribus tanala. Il est souvent vendredi chez les Marohala, quand il est dimanche chez les Sandrabe.
Les jours jouissent de particularités spéciales, connus des seuls ombiasa. Grâce à elles, on peut savoir la couleur de la robe des bœufs en les entendant simplement mugir, et on peut connaître d'avance le sexe des enfants qui vont naître. Les filles ne viennent au monde que le dernier jour de la semaine. C'est également d'après la date de leur naissance, que les devins donnent des noms aux enfants. Mais ces noms sont bientôt remplacés par des sobriquets rappelant des qualités ou des défauts physiques.
Souvent même les enfants sont dénommés d'un nom d'objet (Ipakitra, la tabatière; Isambo, le bateau) ou d'un nom d'animal (Ilambo, le sanglier). Enfin plus tard ils abandonnent leur premier nom pour conjurer le mauvais sort qu'ils y croient attaché ou pour en prendre un plus pompeux (Tsimataobario, celui qui ne craint pas les remparts; Andriamanapaka, le noble qui commande).
La seule écriture connue des Tanala avant l'occupation française était l'écriture arabe. Ils la désignent sous le nom de sora-be. Cette écriture paraît avoir été dans l'Ikongo le privilège de quelques rares lettrés. Sous l'influence des ombiasa, elle a bien vite revêtu un caractère sacré, et il semble que son usage ait été limité à la transcription de formules magiques, primitivement sans doute versets du Coran, plus tard hiéroglyphes vénérés mais indéchiffrables, même par leurs possesseurs. C'est ainsi qu'un vieillard de Belemoka, presque aveugle, conservait précieusement dans un étui de cuir un manuscrit arabe. Les vers, les rats en rongeaient peu à peu les bords; alors le vieux Tanala, pour leur redonner une forme rectiligne, les coupait au couteau, enlevant aussi bien les marges que les caractères. Il prétendait que ce sora-be lui était indispensable pour faire le sikidy et pour indiquer les remèdes; et de fait, en feignant de le lire, il désignait à ses clients toutes sortes de fanafody fantastiques, arbres, plantes ou animaux. Jamais il ne voulut s'en débarrasser à prix d'argent; mais, quand on lui eut montré un carnet en papier d'emballage imitant son papyrus et revêtu de caractères tracés à tout hasard, mais noirs et distincts, il consentit immédiatement à l'échange, et se laissa aller à une joie sans bornes: son nouveau sora-be était plus clair que l'ancien, il le lisait plus facilement malgré sa mauvaise vue.
TAPANT À COUPS REDOUBLÉS SUR UN LONG BAMBOU, LES TANALA EN TIRENT UNE MUSIQUE ÉTRANGE (page [564]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
L'écriture arabe n'est plus connue dans l'Ikongo que de quelques rares Tanala d'Ankarimbelo, ayant autrefois séjourné dans la région de Vohipeno. La foule a pour les sora-be un respect superstitieux: elle ne voit en eux qu'incantations et maléfices, et elle considère ceux qui les possèdent comme de puissants sorciers.