Comme on le voit, les fanafody des Tanala sont très variés, et on les emploie en une foule de circonstances. C'est ainsi que, pour empêcher quelqu'un d'avoir une femme, il faut faire brûler les herbes avec lesquelles le hérisson fait son nid, et faire cuire une écrevisse; que pour être sûr de tuer un sanglier, il faut, avant de se mettre en chasse, enflammer une touffe de paille en travers du sentier.
UN DANSEUR BOTOMARO.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À toutes ces pratiques superstitieuses vient encore s'ajouter l'usage des fady. Les Tanala qualifient de fady les animaux qu'ils s'abstiennent de tuer ou de manger, les arbres qu'ils se gardent bien d'abattre, les sentiers où ils évitent de passer, les actions qu'ils ne peuvent commettre, les jours où certaines pratiques sont défendues. Pour les zafirambo, la viande du porc, du sanglier, de l'anguille et de tous les animaux qu'ils ne tuent pas de leur propre main est fady. Pour Tsiandraofana, était encore fady la viande des canards de Barbarie et des bœufs dont la robe ne présentait pas de poils blancs. Pour tous les Tanala, il est fady de tuer une foule d'animaux dans le corps desquels les âmes peuvent se réfugier. Certains d'entre eux passent même des contrats avec des insectes venimeux, comme les scorpions. Ils les considèrent comme fady et, quand ils les rencontrent sur un sentier, ils les prennent et les jettent de côté sans leur faire aucun mal: ils espèrent qu'en revanche les scorpions ne les piqueront jamais. Il est fady de gravir certaines montagnes, comme l'Ambondrombe, demeure des âmes des morts; de se baigner dans certaines rivières; de construire des villages dans les endroits hantés par les lolo. Les objets et les actes fady varient d'ailleurs avec les individus. De même que Polycrate jetait un anneau dans la mer pour conjurer les retours de la Fortune, de même il semble que chaque Tanala s'impose tantôt des privations, tantôt des règles de vie particulières, tantôt des formalités bizarres, pour éviter les rancunes d'un angatra malfaisant, ou pour se concilier les faveurs divines.
Si les ombiasa sont les dépositaires des croyances les plus grossières, il faut pourtant reconnaître qu'ils possèdent quelques rudiments d'une science primitive. Ils sont d'abord des astrologues. Les Tanala ne connaissent guère les étoiles; pourtant, ils ont donné le nom de Zohora à la planète Vénus, et se guident sur la marche du Telonorefy ou Baudrier d'Orion pour semer et moissonner le riz. La fixité d'une des étoiles de la Croix du Sud n'a jamais attiré leur attention. Quant à la divination des astres, elle est seulement connue de quelques vieux et rares ombiasa, qui ne divulguent guère leurs secrets. Elle semble consister dans l'examen de l'Anakintana, grosse étoile qui flamboie à l'orient, le matin avant le chant du coq. Elle n'est visible que pendant six mois. Encore faut-il que la lune ne soit pas pleine et que le temps soit clair. Comment se fait l'observation de cette fantastique étoile? Comment les ombiasa en tirent-ils des prévisions sur l'abondance des récoltes, sur l'arrivée des épidémies, sur la fréquence des vols de sauterelles, sur la multiplication du nombre des caïmans? il est très difficile de le dire. Quoi qu'il en soit, ils récitent comme toujours des formules magiques.
Les Tanala ont une façon précise et toute spéciale de décompter le temps. Ils le divisent en cycles de douze ans, en années de douze mois et en mois lunaires de douze semaines de deux ou trois jours chacune.
LA DANSE, CHEZ LES TANALA, EST EXPRESSIVE AU PLUS HAUT DEGRÉ (page [563]).—D'APRÈS DES PHOTOGRAPHIES.