Le quatrième jour, on conduit le salamanga au bord d'une rivière. On apporte en même temps tous les objets qui lui appartiennent, toutes les amulettes de l'ombiasa, et on les place sur la rive à l'aide de piquets bariolés de raies noires, blanches et rouges. Quatre hommes, porteurs de branches d'amomum, accompagnent le malade. Ils l'entourent de paille et y mettent le feu. Le patient se précipite alors dans l'eau et on jette sur lui les branches d'amomum. Trois hommes le saisissent à la nuque et l'immergent par trois fois. Il peut ensuite rentrer au village, mais il doit s'établir dans une nouvelle case.
Pour son premier repas, on fait cuire dans une marmite un mélange de tous les aliments qui constituent la nourriture des Tanala: riz, manioc, miel, haricots, sanjo, hypomœa, escargots, viandes diverses, etc; si l'un de ces mets ne se trouve pas dans la mixture, le malade ne pourra plus y toucher jusqu'à sa mort. Les convives mangent cet étrange plat avec des cuillers en feuilles d'amomum, mais ils ont bien soin de n'avaler que la moitié du contenu de leurs cuillers et de placer le reste dans une assiette que tient le salamanga. Le malade ne doit manger que ce que lui donnent les convives, et ne rien prendre dans la marmite. Après toutes ces épreuves, il est définitivement guéri.
LA DANSE EST EXÉCUTÉE PAR DES HOMMES, QUELQUEFOIS PAR DES FEMMES (page [563]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
L'ombiasa joue donc un grand rôle dans la société tanala. Le sikidy lui révèle les actes, les intentions, les pensées de ceux qui le consultent. Souvent même, il n'a pas besoin d'y avoir recours pour deviner la cause des maladies. Si, par exemple, le jour de l'alahamaly, un malade ou une femme stérile entrent dans sa case, en heurtant leur pied droit contre leur talon gauche, c'est le mécontentement de leur père qui est cause de la maladie ou de la stérilité; si, au contraire, ils avaient heurté leur pied gauche contre leur talon droit, la cause de leurs infortunes serait due au mécontentement de leur mère. Mais ce sont surtout les amulettes, les panafody, qui constituent pour les ombiasa une source de puissance et de richesse. Ces amulettes sont de simples baguettes de bois; elles ont la vertu magique de procurer des femmes, de faire trouver des ruches, de permettre le vol en toute sécurité, de préserver des coups de fusil, de protéger contre les maladies et contre les fausses accusations. Aussi les mpisikidy les vendent-ils très cher. Les Tanala crédules les achètent en toute confiance, et les gardent pieusement dans des cornes qu'ils portent à leur ceinture.
Voici, à titre de curiosité, le contenu d'une de ces cornes: d'abord, les objets nécessaires pour faire du feu, puis deux petits bâtons servant à découvrir des ruches. Pour obtenir ce résultat il faut sur ces baguettes prononcer l'invocation suivante: «Baguettes saintes, trois fois saintes, je vous ai achetées cher, je vous ai obtenues par de riches échanges, et je ne vous ai pas volées pendant la nuit. Vous êtes saintes, vraiment saintes, et c'est vous que j'implore. Faites-moi trouver du miel, car sans vous je mourrai de faim et mes recherches seront vaines».
Venaient ensuite: un morceau de bambou préservant des soupçons et des accusations, la partie supérieure du bec et le crâne encore recouvert de plumes de l'oiseau appelé tataro. Cette amulette a le don d'endormir les personnes qu'on veut voler. On la place contre le mur de leur case et on prononce la formule suivante: «Amulette sainte, vraiment sainte, je veux commettre un vol dans cette maison, et c'est toi que j'implore. Fais dormir les gens d'ici! Qu'ils dorment, et que je puisse voler à mon aise! Que personne ne vienne me déranger!»
Le larcin accompli, au lieu de fuir à toutes jambes, le voleur reprend ses amulettes en récitant ce curieux verset: «Que les gens d'ici soient muets, qu'ils ne me voient pas commettre mon vol pendant leur sommeil! Si c'est moi qui suis soupçonné d'être le voleur, qu'ils tremblent comme un jonc et qu'ils ne puissent pas m'accuser, malgré leurs soupçons! Qu'ils soient comme le bois mort, car le bois que contient le batambana est du bois mort! Qu'ils n'osent pas porter une accusation contre moi, que leur bouche reste fermée, ou qu'ils parlent d'autre chose que de mon vol!»
Le tamango d'un chef rebelle contient des objets aussi intéressants: trois baguettes de ranoavao, sept bâtons de ramandrio, quatre spires de voantsimatra, liane qui s'enroule à la façon des volubilis. Le ranoavao et le ramandrio préservent des blessures, le voantsimatra paralyse le bras qui lance la sagaie. On trouve encore dans ce tamango des parcelles de caoutchouc coagulé, destinées à faire glisser les balles sur la peau, et des petits morceaux de charbon destinés à faire dévier les coups.