Toujours crédule, le Malgache écoute avec respect les paroles de l'oracle. Il les trouve claires et transparentes comme le prisme de quartz symbolique que le devin a placé sur son van; et, après avoir largement payé le mpisikidy, il s'éloigne, joyeux ou triste, selon les réponses qui lui ont été faites, mais toujours persuadé de leur véracité.

Les Tanala donnent le nom de fadrita ou de vinta aux causes plus ou moins imaginaires des maladies, jours néfastes, objets ou êtres malfaisants, attouchements impurs. Il en résulte que, pour guérir une maladie, il suffit d'en supprimer ou d'en conjurer les causes: cette opération s'appelle le fangala-paditra, et est du ressort des ombiasa.

Le plus souvent, les ombasias se contentent de prononcer des paroles magiques, en agitant sur la tête du patient des remèdes bizarres, morceaux de bois et autres amulettes. Voici une de ces incantations: «Sortez! sortez!... Quel est celui qui a jeté un sort sur le malade?... Moi, Raitsara, je n'interroge pas les vinta. Lors de la pleine lune, les vinta ont répandu leur fiel.... Heureux sera le jour où je les détruirai! C'est le devin qui reçoit les offrandes, et le devin, c'est moi! Que la main du malade soit généreuse! Andriamitilimanana, ombiasa accroupi sur le sable! Andriamitilimanana, toi qui reposes sur le gravier!... Le renard est malade, l'écureuil a la fièvre. Je tiens les fadrita, car ils sont revenus. Les vinta sont beaux, je les tiens, ils ne partiront plus. Le miel est dans la gourde, il ne coule pas, il ne suinte pas. Je mange des arachides. Je tiens les vinta, et ils ne m'échapperont plus».

Ces incantations ressemblent parfois à de longues litanies que le devin récite après avoir fait le sikidy.

Il arrive souvent que ces mystérieuses incantations, ces longues litanies, ces interminables énumérations de remèdes magiques, ne parviennent pas à chasser la maladie du corps des Tanala.

L'ombiasa a alors recours à une cérémonie appelée salamanga ou bilo, et qui ressemble à un exorcisme. Le patient porte également le nom de salamanga. L'ombiasa fait asseoir le malade, avec quelqu'un derrière lui pour le soutenir et le recevoir dans ses bras. Par trois fois, il fait tourner au-dessus de sa tête une assiette en bois contenant de l'eau et des amulettes, puis il l'abaisse devant son visage et le frappe brusquement du plat de la main. Alors, paraît-il, le malheureux s'évanouit, les tambours résonnent, l'encens brûle, les femmes chantent et battent des mains, les assistants commencent à se gorger de rhum ou, à défaut d'alcool, d'eau parfumée avec l'écorce de l'arbre appelé hazomanga. Dès que le malade a repris connaissance, on le fait sortir de sa case pour danser sur la place publique. Il ne peut pas parler et regarde toujours le ciel où son âme s'est envolée. L'ombiasa place alors des amulettes dans la case du salamanga, et désormais il en faudra faire trois fois le tour avant que d'y entrer. Les objets appartenant au malade, ses ustensiles de ménage, ses vêtements, ses armes, sont placés sur des étagères en bois peintes de raies blanches, rouges et noires. Il ne doit pas manger les aliments cuits sur le sol. Aussi le foyer destiné à sa cuisine se trouve sur une table recouverte de terre. Pour manger et pour boire, il fait décrire à sa cuiller ou à son verre une ligne brisée et les remet à leur place avec les mêmes zigzags. Il doit avaler le riz sans le mâcher. Pendant ses repas, les femmes chantent et battent des mains, les hommes battent du tambour. Ces cérémonies durent deux jours.

Le troisième jour, le malade sort pour se baigner et pour se promener. Il doit prendre pour le retour un chemin différent de l'aller et, chaque fois qu'il rencontre de l'eau, s'y précipiter tout habillé. Des hommes vigoureux s'y lancent après lui pour le repêcher. À sa rentrée au village, ses parents lui présentent des bœufs. Encore incapable de parler, il désigne du doigt celui qu'il choisit. On étend aussitôt l'animal devant sa case. Le malade prend alors un couteau, danse et jongle un instant, puis pique le bœuf, et, dès que le sang jaillit, se précipite pour le sucer. Les assistants l'aspergent avec de l'eau, et, quand il a assez bu de sang, ils le relèvent et le font rentrer chez lui pour qu'il dorme. Le bœuf est tué et partagé entre les habitants du village. La tête revient de droit à l'ombiasa.

LA RUE PRINCIPALE DE SAHASINAKA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.