LE TANALA, MANIANT UNE SAGAIE, A LE GESTE ÉLÉGANT ET SOUPLE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À côté de ces croyances à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme, il existe chez les Tanala une foule de superstitions grossières. Elles ont trait à la religion, à la médecine et à la divination. Les ombiasa ou mpisikidy, qui en sont les dépositaires, sont à la fois des devins, des médecins et des sorciers; ils mériteraient même le nom d'astrologues, en ce sens qu'eux seuls connaissent la division du temps, le nom des années, des mois et des jours.
Une de leurs principales attributions est de deviner l'avenir à l'aide du sikidy. Le sikidy zoria et le sikidy polakelatra consistent en séries de combinaisons faites avec les graines et les noyaux de certains arbres de la forêt, et d'après lesquelles l'ombiasa lit et prédit l'avenir. Dans le sikidy fasina, le devin étend sur un van une couche de sable, mince et uniforme, puis avec son index il frappe par trois fois les bords du plateau pour réveiller les esprits. Il prononce en même temps l'invocation suivante: «Réveillez-vous, grains de sable; réveillez-vous, sikidy, grains de sable qui ne reposez pas, grains de sable qui ne dormez pas et qui fûtes jadis bercés par les flots ou confluents des fleuves.
«On ne vous réveille pas pour des parents morts au sud ou au nord, mais c'est moi qui vous interroge. Et je vous interroge, grains de sable, parce que vous entendez les susurrements de Dieu, parce que vous savez ceux qui mourront et ceux qui vivront. Si vous mentez vous me ferez honte, et si vous dites la vérité vous me comblerez de joie. Andriamatahitany était votre maître, il vous a semés dans les vallons. Mais la caille vous a dispersés avec ses pattes; Andriamatahitany vous a ramassés et vous a répandus à Ampasimahanoro. Il vous a doués de mouvement. «Vous êtes, a-t-il dit, le sable qui ne repose pas, le sable qui ne dort pas». Et c'est vous que je réveille, ô grains de sable, et voici la question que je vous pose....»
L'ombiasa trace alors avec son index seize virgules sur le sable, en l'honneur des seize figures du sikidy. Elles ont toutes une signification. Les unes représentent l'oracle, les autres celui qui le consulte, ou bien sa mère, sa femme, ses enfants, sa fortune et sa maison. Certaines encore représentent Dieu et les âmes des morts, les rois et le peuple. Le devin les invoque successivement, puis il répand le sable uniformément sur le plateau et, en y décrivant de mystérieuses courbes, il va obtenir le dessin des quatre premières figures du sikidy, qui lui serviront ensuite à déterminer les autres. Chacune d'elles est un personnage ayant une tête, un cou, des reins et des pieds. Selon le nombre de traits qui composent les diverses parties de leur corps, ces personnages portent des noms différents: Aldébaran, Ali-be-avo, Kariza, etc. Ils comprennent des nobles et des esclaves, répartis en quatre groupes correspondant aux quatre points cardinaux. Quand l'ombiasa a esquissé les seize figures sur le sable, il lui est facile de deviner l'avenir par des procédés analogues à ceux de nos tireuses de cartes. Malheur à celui qui consulte l'oracle, quand il est représenté par Adalo, esclave du nord, ou Alikisy, esclave de l'ouest! Malheur à lui, quand ses ennemis s'appellent Asombola, noble du sud, ou Alohotsy, noble de l'est. Son foyer est menacé quand sa femme est figurée par le faible Alaomara, et ses amis par le puissant Alahokola.
LE CHANT DU E MANENINA, À IABORANO.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.