Enfin, la vie coulante fourmille d'événements qui tombent sous notre loi: nous ne parlons pas de l'extraordinaire, les choses de tous les jours nous suffisent, et il n'y en a malheureusement que trop, soit dans les affaires judiciaires, soit dans un catalogue désigne dans les journaux sous le nom de faits divers, qui, par leur importance désastreuse, demandent que le crayon les reproduise exactement à l'esprit. Qui n'aurait voulu planer un instant à vol d'oiseau sur tant de grandes villes en proie, ces dernières années, à l'incendie? qui n'aurait été curieux de la vue de ce terrible Rhône remplissant la plaine de Tarascon comme un lac en mouvement, ou transformant Lyon en une Venise? qui ne voudrait se représenter la mer durant ces ouragans furieux dont tous les ports gémissent, les vaisseaux à la côte, les sauvetages, les désolations des rivages? Et comment tout indiquer ici? Les voyages de découvertes, les scènes des pays lointains, les colonies, les ateliers remarquables, même les chemins de fer qui vont s'ouvrir, et dont nous suivrons avec soin la construction sur les points on elle présentera aux regards quelque chose soit de singulier, soit de grandiose.
Nous terminerons notre programme par un mot sur les modes. Il ne s'agit pas seulement de celles du costume, que nous ne négligerons cependant pas: il s'agit aussi pour nous de ces modes d'ameublement qui tiennent de si près à l'art et qui ont porté si haut la gloire de la France; bronzerie, carrosserie, ébénisterie, orfèvrerie, bijouterie, toutes ces branches brillantes de l'industrie parisienne occuperont dans nos colonnes la place qui leur est due, et nous servirons peut être à accélérer la dispersion dans le monde de ces innombrables essaims de formes riches, élégantes, destinées à l'embellissement de tant d'usages de la vie, et qui étendent sur le monde l'empire de notre patrie comme il s'y est longtemps étendu par la seule forme du langage.
En voilà assez pour marquer ce que nous voulons faire, et peut-être pour inspirer le désir de le voir. Concluons donc cette préface, et commençons notre oeuvre en priant le public, qui vient d'en entrevoir les difficultés, de ne point s'étonner si nous ne nous élevons que progressivement à la hauteur du service nouveau que nous ne craignons pas d'embrasser.
Le Gouverneur des îles Marquises.
Le capitaine Bruat,
gouverneur des îles Marquises.
Armand Bruat, né en Alsace, doit avoir de quarante-cinq à quarante-six ans. Il entra au service en 1814, à bord du vaisseau-école de Brest, où il fut remarqué par sa hardiesse, qui devint proverbiale.
En 1815, il s'embarqua sous les ordres du commandant Bouvet, puis fit une campagne à Copenhague, au Brésil et aux Antilles, sur le brick le Hussard.
Quelques mois après son retour (1817), il s'embarqua sur la corvette l'Espérance, qui tint trois ans la station du Levant. Il se signala dans un incendie et dans un coup de vent, où il se jeta à la mer pour sauver un homme; ce qui lui valut d'être mis deux fois à l'ordre du jour par le capitaine de vaisseau Grivel, aujourd'hui vice-amiral. A la fin de cette campagne, il passa enseigne, et fut l'un des premiers promus des écoles.