Divers embarquements se succédèrent alors pour lui (1819 à 1824) sur le Conquérant, le Foudroyant, enfin sur la frégate la Diane, où il resta trois ans comme officier de manoeuvre; il alla ainsi des stations de Terre-Neuve à celle du Sénégal. Dans cette dernière, il se jeta de nouveau à la mer pour sauver un homme, et ne fut lui-même sauvé miraculeusement qu'après avoir lutté deux heures et demie contre les vagues.

En 1824, il s'embarqua sur la corvette la Diligente, comme officier de manoeuvre, pour une laborieuse campagne dans la mer du Sud, et contribua activement à la prise du pirate le Quintanilla, qui avait fait tant de dommages au commerce de toutes les nations. Il fut fait, au retour, lieutenant de vaisseau, à la demande de l'amiral Rosamel. Il fut demandé alors par le capitaine de vaisseau Labretonnière, et embarqué sur le Breslaw comme officier de manoeuvre.

Il était en 1827 sur le Breslaw, à Navarin; c'est le vaisseau qu'il montait qui dégagea l'amiral russe et força un vaisseau qui combattait l'Albion de couper ses câbles et de se jeter à la côte. Le feu de ce vaisseau fit aussi couler la frégate que montait l'amiral turc, ainsi qu'une autre frégate. Bruat fut décoré pour sa conduite dans ce combat.

L'année suivante, il fut mis à l'ordre du jour pour être allé sonder jusque sous les canons du château de Morée, et il obtint le commandement du brick le Silène.

Ce fut sur ce brick qu'il alla croiser jusque, sous les forts d'Alger, et exécuter de nombreuses prises même en vue du port; ce fut également alors qu'en suivant le commandant d'Assigny, qui montait le brick l'Aventure, il fit naufrage sur les côtes d'Afrique. Sur les 200 hommes qui formaient l'équipage des deux bricks, 410 furent massacrés. Les preuves de dévouement que donnèrent les deux officiers sont connues. Parvenus à Alger après mille dangers et mille souffrances, ils refusèrent le logement que le dey leur avait fait offrir chez les consuls d'Angleterre et de Sardaigne, et ne voulurent pas quitter leurs hommes. C'est à leur énergie et leur dévouement que l'on doit la conservation des équipages échappés au fer des Bédouins. Cet épisode de la campagne d'Alger a acquis une juste célébrité.

Dans le cours de sa captivité, le capitaine Bruat trouva moyen de faire parvenir à l'amiral Duperré une note sur l'état et les ressources de la place; M. de Bourmont, à qui elle fut transmise, félicita publiquement, le capitaine de cet acte patriotique, qui l'exposait à de graves dangers.

Depuis 1830, la carrière militaire du capitaine Bruat est des plus actives. En 1830, il obtint le commandement du brick le Palinure, celui du brick le Grenadier en 1832, en 1835 celui du brick le Ducouédic, qui accompagna dans le Levant la frégate l'Iphigénie, montée par le prince de Joinville. Dans cette traversée, le bâtiment ayant été démâté de son grand mât et du petit mât de hune durant la nuit, il répara ces grosses avaries sous vergues en trois fois vingt-quatre heures. Il fut ensuite attaché à la station de Lisbonne sous les ordres du capitaine Turpin, et c'est dans le Tage qu'au mois de mai 1838 il reçut sa nomination de capitaine de vaisseau, passa sous les ordres de l'amiral Lalande, à bord du vaisseau l'Iéna, et devint son capitaine de pavillon.

C'est en cette qualité qu'il commanda ce vaisseau de 92 canons pendant deux ans, et qu'il prit part à cette belle campagne du Levant, où nous avons montré l'escadre la plus exercée et la plus imposante que la France ait eue depuis la paix. L'exercice à feu fut poussé à bord de l'Iéna à un tel degré d'habileté pratique, qu'on parvint à y tirer plus d'un coup de canon à la minute. Les manoeuvres, les évolutions d'escadre, furent remarquées même des Anglais.

Par suite du rappel de l'amiral Lalande, le capitaine Bruat passa sur le vaisseau le Triton, et fit partie de l'escadre d'évolutions aux ordres de l'amiral Hugon. Dans une sortie d'hiver, le Triton reçut un terrible coup de vent qui dispersa l'escadre, alors composée de cinq vaisseaux et une frégate. Il y eut presque à tous les bords de graves avaries; mais le Triton, dont la coque était vieille, et dont les réparations dataient de loin, fut en danger. Il eut six pieds d'eau dans sa cale, et les pompes suffisaient à peine à étancher cette voie; ce ne fut pourtant qu'après une lutte de plusieurs jours, et après s'être aperçu que les liaisons du bâtiment soutiraient beaucoup, que le capitaine Bruat se décida à relâcher à Cagliari, où il se répara promptement, et revint à Toulon en compagnie du vaisseau le Neptune.

En juillet 1841, il quitta le commandement du vaisseau, et fit partie du conseil des travaux de la marine. C'est pendant qu'il était à ce poste qu'on l'a appelé au gouvernement des îles Marquises et au commandement de la subdivision navale.