Nouvelles diverses.
Suisse.--La Suisse entre dans une phase nouvelle. En suivant la rotation prescrite par le parte fédéral entre les trois cantons directeurs, Zurich, Berne et Lucerne, la direction des affaires fédérales se trouve pour deux années, à partir du 1er janvier 1843, confiée au conseil d'état du canton de Lucerne. C'est à Lucerne que se réunira la diète, et c'est le chef du gouvernement de ce canton qui en sera le président. Or, le canton de Lucerne, qui, ainsi que Berne et Zurich, était au nombre des cantons radicaux, a subi récemment une contre-révolution; le clergé catholique y a repris tout l'ascendant qu'il avait perdu, et le nonce du pape, qui avait quitté le canton pour s'établir à Schwitz, est rentré dans Lucerne. Ces faits, qui seraient sans importance s'ils n'avaient d'influence que sur ce canton, acquièrent de la gravité à cause de la situation nouvelle de Lucerne, chef du gouvernement fédéral. Berne par ses opinions et ses tendances politiques, Zurich par ses croyances religieuses, seront en méfiance, et de cette situation délicate peuvent sortir de grands périls pour la Suisse, agitée par de profondes divisions.
Genève vient de voir encore la sédition troubler ses murs. Le grand conseil était occupé à délibérer, à l'Hôtel-de-Ville, sur un projet de loi, quand une émeute a éclaté; heureusement elle a été bientôt réprimée. Il y a une fraction de parti à Genève qui semble ne pas comprendre que le premier devoir des hommes qui se disent les amis par excellence de la liberté, est de se soumettre à la volonté de la majorité exprimée par les voies légales.
Angleterre.--La conduite habile du ministère de sir Robert dans l'Inde et à la Chine l'a affermi et lui assure un long avenir; ses forces et son autorité morale ont été doublées. Le traité avec la Chine va ouvrir au commerce et à l'industrie du Royaume-Uni des débouchés nouveaux. La Russie, la Hollande et les États-Unis profiteront des avantages que l'Angleterre a conquis, car l'Angleterre est de toutes les nations du monde celle qui redoute le moins la concurrence.
Un traité vient d'être conclu entre la Russie et l'Angleterre. Les avis sont partagés sur les avantages que peuvent s'en promettre les deux états contractants, et les rapports qui en résulteront pour eux. Les uns ont vu dans ce traité la preuve d'une liaison de plus en plus intime entre la Russie et l'Angleterre; à les entendre, une profonde pensée politique se cache sous une convention commerciale, et la Russie n'aurait dérogé à ses principe, administratifs que pour complaire à l'Angleterre et la détacher tout à fait de l'alliance française. D'autres, au contraire, n'ont vu dans cette convention qu'un acte fort insignifiant, un petit traité de navigation. Ce traité, il est vrai, ne modifie pas les tarifs et n'offre pas à l'Angleterre un débouché nouveau: mais il permet aux négociants et aux industriels anglais de s'établir en Russie, d'y apporter des capitaux, et pour une nation aussi habile et aussi entreprenante que l'Angleterre c'est un grand avantage, auquel la Russie ne saurait prétendre.
Le Parlement anglais s'est réuni. D'abord les discussions qui s'y sont élevées n'ont pas eu un grand intérêt. Elles ont seulement fait connaître que tout n'est pas fini entre l'Angleterre et les États-Unis, au sujet du droit de visite. La première ne veut pas renoncer au droit qu'elle s'arroge de visiter tout navire en pleine mer, pour s'assurer de la nationalité du pavillon. Les États-Unis soutiennent, au contraire, qu'en pleine mer aucun navire n'a droit de police sur un autre navire, et que celui qui se permet d'aborder un bâtiment, malgré le pavillon dont il se couvre, donne droit légitime de plainte, et agit à ses risques et périls.
La motion de lord Hovirk sur la crise qui, dans le milieu de l'année dernière, a désolé les districts manufacturiers, a engagé le combat entre le ministère, ou plutôt sir Robert Peel et les radicaux. Cet homme d'état, qui garde dans ses paroles une prudente mesure, parait s'efforcer de tenir dans son administration un sage milieu entre les tories exagérés et les whigs. Il a terminé un éloquent discours par des paroles qui semblent indiquer, de la part du gouvernement anglais, le désir de maintenir entre la France et la Grande-Bretagne une bonne et honorable intelligence.
--Les affaires d'Orient en sont toujours au même point. La révolte de Syrie n'est point apaisée. Les Druses ont paru vouloir se concerter contre l'ennemi commun, mais n'ont pu s'entendre. Les Turcs ayant échoué dans leurs attaques, ont recours à la corruption et à la ruse, et cherchent à diviser leurs ennemis. Le divan et la diplomatie européenne luttent toujours de finesse, de souplesse et d'insistance.
Décorations militaires des troupes indigènes de l'Inde.