Le solicitor-général s'est alors empressé d'abandonner l'accusation, et le jury a rendu, sans même délibérer, un verdict d'acquittement. McNaughten sera probablement enfermé, comme Oxford, l'assassin de la reine, dans une maison de fous. Il a écouté avec l'impassibilité la plus complète ces débats, qui pouvaient avoir pour lui une issue si fatale. La réponse du jury n'a pas même paru l'émouvoir. La gravure ci-jointe le représente à la barre de la cour criminelle centrale de Londres, au moment où, après la lecture de l'acte d'accusation, il répond au greffier qu'il n'est pas coupable. Avons-nous besoin de faire remarquer à nos lecteurs Français les différences matérielles qui distinguent la cour criminelle centrale de Londres de nos cours d'assises? Au fond, sur le bench (le banc, ou le siège des juges), sont assis le président de la cour, ses deux assesseurs et d'autres magistrats inférieurs, le lord maire, les shérifs, les aldermen. En face du bench est la barre (en anglais, bar), petite tribune communiquant par un escalier dérobé avec la prison de Newgate; la table des counsels, conseils de la couronne, ou défenseurs des accusés, autour de laquelle viennent s'asseoir les membres du barreau, remplit presque tout l'espace compris entre le bench et le bar. Les jurés sont placés sur deux rangs dans la tribune voisine du box, espèce de petite chaire où les témoins prêtent serment en embrassant la Bible, et sont examines et contre-examinés par les conseils de la couronne et les défenseurs des accusés. En face du jury, une autre tribune renferme les reporters, ou les journalistes. Quant au public privilégié ou non privilégié, il occupe des espèces de loges situées au-dessus ou de chaque côté de la barre; pour entrer dans quelques-unes de ces loges, il faut payer 1 shilling à l'ouvreuse.

Malheureusement ce n'était pas un fou que la Cour d'assises d'Orléans jugeait la semaine dernière, mais un misérable qui avait assassiné lâchement un de ses anciens camarades de lit pour lui voler une somme de 5,000 fr. Nous ne nous sentons pas le courage de raconter avec détail les divers incidents de cette horrible affaire. Durant le cours des débats, Montély a changé subitement de système de défense; il a tout avoué, sauf l'assassinat, et il persiste encore à soutenir que Rosselier s'est donné lui-même la mort. Déclaré coupable par le jury sans circonstances atténuantes, il a été condamné à la peine capitale. D'abord, avant que l'arrêt fût prononcé, il avait dit que la mort lui ferait plaisir: mais cédant aux sollicitations de l'un de ses dent défenseurs, il s'est décidé à signer son pourvoi en cassation.--Pendant ce temps, Jacques Besson, toujours calme et impassible dans son cachot de Lyon, comme dans les prisons du Puy et de Riom, ignore encore que la justice humaine a prononcé, un arrêt irrévocable, et que la clémence du Roi peut seule aujourd'hui épargner dans ce monde la vie du condamné.

De la tragédie réelle, passons sans transition à la tragédie imaginaire; oublions et McNaughten et Montély, pour nous occuper un instant de mademoiselle Guanhumara, autre folle qui a un vif désir de commettre un assassinat. Les drames les plus sombres de M. Victor Hugo sont toujours précédés d'un prologue moins grave, joué, en guise de réclame, devant les tribunaux civils. Nous avons raconté dans notre précédente revue comment et pourquoi mademoiselle Maxime s'était crue obligée d'intenter un double procès au Théâtre-Français et à l'auteur des Burgraves. Le tribunal civil de la Seine avait disjoint la cause entre la demoiselle Maxime contre M. Victor Hugo, de celle de mademoiselle Maxime contre le Théâtre-Français, et s'était déclaré incompétent sur cette dernière action, parce qu'en vertu d'une clause insérée dans tous les engagements des artistes, le litige soumis au tribunal appartient exclusivement à la décision du conseil judiciaire du Théâtre-Français. Appel interjeté par mademoiselle Maxime, la Cour royale a confirmé ce jugement.

Tout n'est pas fini cependant.

Restent encore trois procès à juger.

1° Celui de mademoiselle Maxime contre M. Victor Hugo;

2º Celui de M. Ch., homme de lettres, contre le Théâtre-Français. Le jour de la première représentation des Burgraves, l'affiche annonçait que les entrées de faveur étaient généralement suspendues, mais que, cependant, les bureaux ne seraient pas ouverts. Frappé de cette étrange contradiction, M. Ch. a fait plaider en référé que les représentations d'un théâtre subventionné par l'état devaient être publiques, et que le directeur ne pouvait pas,--surtout s'il suspendait généralement toutes les entrées de faveur,--ne pas ouvrir les bureaux au public. M. le président Perrol s'est déclaré incompétent; mais M. Ch. ne se tient pas pour battu. Il va intenter une action devant le tribunal civil.

Ces deux procès se termineront probablement la semaine prochaine, et nous en reparlerons plus longuement dans notre prochaine revue.

Quant au troisième, celui de M Victor Hugo contre le public, il n'est pas de notre compétence. Nos lecteurs en trouveront le compte rendu illustré aux pages suivantes.