D'abord, disent-ils, on trouve qu'un Charles, roi de France a délivré la Corse des Maures. Depuis, l'on voit un Bonifazio, marquis de Toscane, chargé par l'empereur de défendre la Corse; c'est lui qui est si célèbre par la fameuse descente en Afrique. Après sa mort, l'on voit son fils Adalberto lui succéder et précéder Alberto second, dit le Riche, qui meurt en 916; enfin Guido Lamberto succède à Alberto le Riche... Je conviens de tous ces faits, mais je ne vois pas ce qu'ils ont d'incompatible avec ce que nous avons dit des Colonna.
Les papes envoyèrent Ugo en Corse pour la délivrer. Les empereurs étoient, ce me semble aussi, fort intéresses à ce que les barbares ne s'y établissent pas; ils donnèrent donc commission au marquis de Toscane de veiller sur la Corse, de la secourir si les barbares l'attaquaient, et, en conséquence de cette commission, les marquis de Toscane prenoient le titre de tutor Corsicæ. Cela est si vrai, que, depuis, lorsque les communes eurent pris consistance, l'on voit une comtesse Mathilde, marquise de Toscane, s'intituler tutor Corsicæ, cependant elle n'y avoit certainement aucune autorité.
L'on relevé ensuite quelques erreurs de chronologie de Giovanni Della Grossa, et l'on en déduit la fausseté du fait; cela n'est pas conséquent; en vérité, il faut bien avoir la manie des systèmes pour ne pas sentir que c'est bâtir sur le sable que d'en fabriquer sur de si foibles fondements.
Théâtres.
THÉÂTRE FRANÇAIS.--Les Burgraves, trilogie en vers., par M. Victor Hugo: 1er acte, l'Aïeul; 2e acte, le Mendiant; 3e acte, le Caveau perdu.
Voyez-vous ce noir château perché sur le sommet d'un roc, comme un nid de vautour, armé de herses et de créneaux? C'est le château d'Heppenhef. Son front a pour voisins les nues et les orages, et le vieux Rhin mugit à ses pieds, dans ses abîmes profonds. Heppenhef appartient à une antique race de Burgraves. Les seigneurs, comtes de ce terrible Burg, l'ont occupé de père en fils, et de temps immémorial. Aujourd'hui, on y trouve quatre générations vivantes, en remontant du petit-fils au bisaïeul. Job est le nom du grand ancêtre; Magnus vient après lui; après Magnus, Hatto; après Hatto. Conrad: à eux quatre, les comtes d'Heppenhef forment un total d'à peu près deux cent soixante-dix ans; ce ne sont pas des seigneurs de la première jeunesse.
De son temps, Job passait pour un preux et pour un vaillant. Comme son haubert, son coeur était d'acier: le fer ne pouvait briser l'un, pas plus que la peur n'entamait l'autre; sa foi valait son épée, et nul étranger ne heurtait à son foyer, sans que Job lui dit: Prenez place!
Magnus suivit de près l'exemple de son père; mais ce n'était déjà plus le même bras ni la même âme; l'épée paternelle lui était pesante, et de même que son corps pliait sous la vieille armure, de même sa conscience commençait à chanceler et.. livrer passage aux perfides attaques de la mollesse et de la volupté.
Avec Hatto, tout est dit La forte race d'Heppenhef dégénère et s'énerve, et le fils d'Hatto promet une descendance pire encore.