(Ligier,
rôle de FrédéricBarberousse en
mendiant.)

Est-ce le cliquetis du fer et le hurrah des combattants qui résonnent maintenant sous les voûtes du château d'Hoppenhef? Non; mais le cri aviné de l'orgie, mais le choc des coupes qui se remplissent et se vident. Hatto y commande et y fait régner avec lui la violence et la débauche; s'il s'arrache à ses journées d'ivresse et à ses nuits enflammées, c'est pour s'élancer de son Burg sur la campagne, comme un oiseau de proie, pillant les moissons, dévastant les chaumières, enlevant femmes et hommes pour en faire ses esclaves; cependant le vieux Job et le vieux Magnus, tristement retirés dans le sombre donjon, se dérobent par la solitude à ce honteux spectacle de leur propre décadence.

Par le Rhin! aujourd'hui Hatto est en joie. Il y a grande fête chez monseigneur, et grand festin. Les éclats bachiques et les chansons des joyeux convives s'échappent à travers les créneaux et courent dans l'air en folles bouffées. O race aveugle et brutale! enivre-toi; noie le courage et l'honneur de tes pères dans ces coupes fumantes; le Rhin est un fleuve fécond, et la grappe qui mûrit cette chaude liqueur sous sa blonde écorce se mire dans ses eaux. Mais ne sais-tu pas que le serpent livide peut se glisser sous ces fleurs, la douleur dans cette joie, le châtiment dans cette impunité, la mort dans cette vie effrénée!

D'où vient cette ombre sinistre qui passe et repasse devant ce Burg fatal où hurle l'orgie? Est-ce une femme? est-ce un fantôme? Appartient-elle à la terre? Sort-elle du fond des noirs abîmes? Son aspect est misérable et repoussant; elle est chargée d'ans et de rides, et, sur son visage flétri, l'oeil découvre aisément la trace des longues souffrances et des implacables ressentiments longuement accumulés. Qu'est-ce donc? A-t-elle quelque grand crime à expier? Poursuit-elle quelque horrible vengeance? Un humble sac de pénitente l'enveloppe; un carcan entoure son cou et l'emprisonne; une longue chaîne d'esclave lui sert de ceinture; au pied, elle traîne un anneau de fer.

C'est une femme! c'est Guanhumara! Ici les somptueux repas, dit-elle en jetant çà et là un regard sombre, là la misère affamée. Le tyran de ce coté, de l'autre l'esclavage. Ah! oui, réjouissez-vous, Burgraves, vous n'avez pour ennemi qu'une femme;

Mais, ô princes, tremblez; cette femme est la haine!

Si vous demandez maintenant à l'un de ces serfs enchaînes qui errent sur le préau: Quelle est cette vieille hideuse, dont l'oeil lance un éclair sinistre? Une fille de Béelzébuth, répondra-t-il en se signant; une damnée, une sorcière.--Guanhumara, en effet, possède la science surhumaine; elle sait préparer les poisons redoutés qui causent un trépas soudain; elle a le secret des filtres merveilleux qui arrachent sa proie à la tombe; dans sa main, elle tient la vie et la mort.

Il y a au château d'Heppenhef un jeune chevalier qui se nomme Otbert; c'est un capitaine d'aventures,

Arrivé l'an passé, bien qu'encore novice,