M. LAROCHE.--Je ne t'abandonnerai pas.
PIERRE.--Non, monsieur Laroche.
M. LAROCHE.--Allons, tiens-toi bien chaudement. Adieu, mes bons amis. Et il s'éloigna.
DESNOUES (à Pierre).--Eh bien! Pierre?
PIERRE.--Eh bien! il me paiera comme il a payé la mère Gallois, en fluxion de poitrine.
M. LAROCHE (revenant).--Pierre, je te préviens que le liniment c'est deux francs.
PIERRE.--Oui, monsieur Laroche. Voulez-vous que je vous paie d'avance?
M. LAROCHE.--Par exemple!... est-ce que je ne suis pas sûr de toi?... Adieu!... adieu!
Tel était l'homme qui devint mon ennemi; ajoutez à ce portrait une force de haine comparable à sa force physique, une jalousie envieuse de ce que je gardais ma dignité vis-à-vis des paysans, et enfin, un dernier mot, un titre qui vous dira tout ce que j'avais à redouter de lui... il était membre du tribunal révolutionnaire. Quand la révolution avait éclaté, il s'y était jeté avec fureur, et dès 90 était arrivé, à 95. Il dominait à la ville dans sa section par l'audace de ses conseils prescripteurs, et déployait là théoriquement ce mépris de la vie des autres qu'il avait montré dans ses actions comme soldat et comme médecin. Je l'avoue, malgré mon diplôme, je tremblais devant lui. Quand nous nous rencontrions, son regard jaloux et cruel tombait sur moi comme sur une proie, cherchant une place où il pourrait me frapper. Il semblait que sa haine devinait en moi quelque titre caché qui me livrerait à lui. J'enveloppais dans une dignité calme et dans un silence sévère tout ce qui aurait pu me trahir...; j'effaçais mes gestes, mes paroles, ma démarche habituelle..., et pourtant je n'étais pas sans crainte... S'il avait su que j'étais prêtre!... Eh bien!... eh bien! il le sut!
--Comment?