Jamais peut-être aucune exposition de la Société des Amis des Arts n'a été aussi brillante que celle de 1845.

Sans s'écarter en rien du but qu'elle s'est proposé, celui d'encourager les jeunes talents, elle a su former une collection fort remarquable.

Nous ne saurions trop louer l'esprit qui a guidé ses choix, faits en grande partie parmi les tableaux du dernier Salon.

Nous avons particulièrement remarqué la Satisfaction, jolie composition de M. Guillemin. C'est un jeune artiste riant à coeur joie devant un tableau qu'il vient d'esquisser. Cette petite toile, remplie d'esprit, de finesse et d'observation, est en même temps fort remarquable sous le rapport du dessin et de la couleur.

Le Marécage, par M. Jules Coignel, est un charmant paysage bien peint, bien composé et d'un aspect délicieux.

Les deux paysages de M. Karl Girardet, les Bouledogues de M. Buisson, la Marine de M. Morel-Fatio, la Jeune fille et le Serin, de M. Caminade, l'Enfant et le Chien de M. Gué, le Charles-Quint de M. Coulon, et surtout le précieux petit tableau de Nature morte de M. Philippe Rousseau, nous ont paru dignes en tout de l'intérêt que la société leur a témoigné en les comprenant dans la répartition de ses fonds pour 1845.

PARIS AU CRAYON.

Gardez-vous de croire, comme quelques personnes l'assurent, qu'on ait amnistié le ridicule en France. Rabelais et Molière, ces deux grandes gloires de l'esprit français, comptent, il est vrai, peu de disciples fidèles, peu d'heureux imitateurs; la tradition du rire semble perdue. Les journaux, égarés dans l'inextricable labyrinthe du feuilleton sentimental, ont renoncé à la satire; la muse comique, un pied chaussé du cothurne classique, l'autre du brodequin du moyen âge, court en boitant à la poursuite d'un but impossible: le théâtre a cessé d'être l'école des moeurs pour devenir un kaléidoscope. N'importe! le crayon a recueilli le double héritage de la plume, le journal et le théâtre. Il n'y a plus de satire, il n'y a plus de comédie, il y a la caricature!

Autrefois la gaieté était française, et même un peu gauloise. La caricature est parisienne; elle a commencé, flânant au bras de Lautara, dans les guinguettes verdoyantes de la banlieue. Depuis, son éducation s'est perfectionnée; elle a vu les ateliers, les théâtres, les salons même, car la caricature a été introduite dans le monde, et vraiment, à part quelques expressions hasardées et un laisser-aller parfois trop grand, elle n'y a point fait mauvaise figure.

La caricature est bonne fille au fond, et bien des gens lui en font un reproche; sa moquerie ne va pas jusqu'à la méchanceté; elle pince quelquefois, mais jamais jusqu'au sang; au lieu d'un fouet elle est armée d'une épingle; elle combat à la légère, et ne blesse qu'en égratignant. C'est bien là le genre de vengeance qui convient à la société de notre époque, où la morale ne se plaint qu'à voix basse, ne s'indigne qu'à demi, mettant tous ses soins à dissimuler sa présence et craignant cependant de se faire oublier. Nous lui viendrons en aide; dans nos colonnes, elle aura le verbe haut. Notre caricature a pris des habits d'homme. Arriére les petits mots, les petits caquets, les petites médisances. Regardez ces yeux brillants, cette bouche souriante, ce crayon effilé comme une dague; c'est pour mieux voir le ridicule, pour mieux se moquer de lui, pour mieux le clouer sur le papier. Les bras vigoureux de l'artiste comique poussent la porte qui défend l'entrée du monde; si elle résiste, il l'enfoncera. Venez donc, vous tous qui avez de la verve, de l'esprit, de l'observation: notre galerie d'illustrations drolatiques est loin d'être complète, il y a place pour tous ceux qui voudront nous apporter un type nouveau.