Sérieusement, et autant qu'on en peut juger après une première audition. MM. Delavigne et M. Halévy me paraissent s'être également trompés.--Qui ne se trompe pas quelquefois?--Cela peut-il entamer leur réputation, et nuire à leur gloire? Non, sans doute, et mille fois non! M. Delavigne n'en a pas moins fait Louis XI et les Enfants d'Édouard. M. Halévy n'en a pas moins produit les chants inspirés de la Juive. Il y a dans la vie de tout artiste, de bons et de mauvais moments. La postérité recueille les uns, et oublie les autres: les contemporains doivent faire de même.

Il y a, néanmoins, dans cet ouvrage, des détails heureux et des situations bien trouvées. L'entrée du roi, au second acte, est fort belle, et son premier mot: J'ai faim! produirait un grand effet, si l'incommensurable ritournelle qui le précède n'avait presque fait oublier au spectateur qu'Isabelle préside un banquet pendant que Charles VI a faim. La scène où Odette joue aux cartes avec le roi est ingénieuse et bien traitée; mais les détails avortent quand l'ensemble est défectueux.

Quant à la musique, il y aurait presque de l'impertinence à l'apprécier en détail après une seule représentation. Un second article lui sera spécialement consacré.

Ce qu'on peut juger immédiatement, c'est la décoration et la mise en scène. De ce côté, l'administration a déployé une grande magnificence. Les costumes, fort exacts et très-bien étudiés, font le plus grand honneur au goût de M. Lormier, qui en a fourni les dessins. Ils sont d'ailleurs d'une richesse presque fabuleuse. Jamais on n'avait vu sur la scène de l'Opéra tant de soie, tant de satin, de fourrures et de velours. Le cortège qui défile sur la scène, au troisième acte, est d'un admirable effet. Infanterie, cavalerie, artillerie, rien n'y manque. Les chevaux même y étaient les plus brillantes parures. Les armures d'or et d'acier y éblouissent les regards. M Léon Pillet a trouvé le moyen de faire pâlir les merveilles de la Reine de Chypre et de la Juive. Aurait-on osé s'y attendre, et pourrait-on demander davantage?

Les décorations sont fort belles, surtout celles du cinquième acte. Il y en a deux: la première est une vue prise au bord de la Seine, près de Saint-Denis. C'est un tableau charmant, plein de calme et d'une fraîcheur délicieuse. L'autre représente la nef, le choeur et les bas-côtés de la cathédrale de Saint-Denis, telle qu'elle était alors, avec ses voûtes peintes et ses vitraux coloriés. On ne saurait imaginer rien de mieux conçu, de mieux étudié, de plus hardiment exécuté, rien enfin de plus imposant et de plus magnifique.

(La fin à la prochaine livraison.)

Cours publics.

Le collège de France.--La Sorbonne.--Les Professeurs.

(Suite et fin.--Voyez p. 14.)

Littérature latine et grecque.--M. PATIN et M. EGGER.