Peu de temps après ce terrible événement, Sampiero débarque au golfe de Valinco, avec vingt-cinq hommes, et trouve bientôt une armée; il bat les ennemis à Vescovato, à Rostino, où Antonio Négri périt avec deux mille des siens. Après avoir été forcé de se retirer devant l'armée de Stéphano Doria, il la détruit par l'habileté de ses manoeuvres; il bat, à Borgo, les secours que le roi d'Espagne envoyoit à la république. Enfin, sous cet intrépide général, les Corses touchoient au moment d'être libres, mais, par un lâche assassinat, Gênes se délivra de cet implacable ennemi.
Dans la tombe d'Épaminondas s'ensevelit la prospérité de Thèbes; dans celle de Sampiero s'ensevelit le patriotisme et l'espérance des Corses. Son fils Alphonse, trop jeune pour soutenir son parti avec éclat, se retira en France après deux ans de guerre. Un grand nombre d'insulaires le suivirent et abandonnèrent une patrie qui désormais ne pouvoit plus vivre libre.
Les Génois ne trouvèrent plus de contradicteurs, leur politique leur réussit dans tous ses points. La Maona, les Adorne, les Fregoso s'étoient ruinés, et les Corses, affoiblis par leurs victoires mêmes, furent obligés de se soumettre; ils perdirent pour longtemps la liberté... Les infortunés! ils reconnoissent pour maîtres les meurtriers de Sinuccello, de Vincentello, de Sampiero, ceux qui ordonnèrent les massacres à Montalto, à Calvi, à Spinola.
(La suite à un prochain numéro.)
Chronique Musicale
THÉÂTRE-ITALIEN.
Les chants ont cessé! L'artiste italien est un oiseau voyageur qui perche à Paris six mois seulement, et, sitôt qu'avril parait, et que le soleil luit, prend son vol vers l'Angleterre. Madame Persiani même a, cette année, devancé ce terme fatal: il est vrai que le soleil lui en avait donné l'exemple. Depuis trois semaines bientôt elle sème dans les champs d'Albion ces fines et brillantes perles de son gosier, précieuse semence qui, jetée sur cette terre fertile, se convertit rapidement en guinées. Madame Grisi, Mario, Lablache, vont bientôt la rejoindre et partager sa riche moisson. Madame Viardot seule ne les suivra pas: l'Allemagne, l'harmonieuse Allemagne l'attend et l'appelle, et Vienne a déjà tressé les couronnes dont elle doit saluer son apparition.
La saison qui vient de finir a été intéressante sous plus d'un rapport. Mario qui, dans l'opéra sérieux, n'avait abordé jusqu'ici que le genre larmoyant et le style peu varié des compositeurs de la moderne Italie, a fait récemment un coup de tête. Il a tenté une invasion dans l'empire rossinien, et, dès la première marche, en a attaqué une des plus fortes citadelles: le rôle terrible d'Otello. L'entreprise était hasardeuse; il y a couru quelques dangers, et peut-être reçu plus d'une blessure; mais enfin il est entré dans la place, et fera, nous n'en doutons pas, tout ce qui sera nécessaire pour se maintenir dans sa glorieuse conquête.
Madame Grisi, Tamburini, Lablache, ont soutenu vaillamment leur ancienne réputation. C'est beaucoup, assurément, et il leur serait difficile de l'accroître.
Madame Viardot, rentrée au Théâtre-Italien après une absence de deux années, y a fait admirer aux connaisseurs, dans Semiramide, dans le Cantatrici Villane, dans Tancredi, dans la Gazza ladra, sa voix énergique et brillante, son exécution originale et hardie, son style savant et varié. Nous aurons lieu bientôt de nous occuper spécialement de cette cantatrice éminente, dans un prochain article consacré aux concerts du Conservatoire. Quels qu'aient été, en effet, ses succès dramatiques, le Conservatoire n'en a pas moins été le théâtre de ses plus beaux triomphes.