(La suite à une prochaine livraison.)
Revue d'Horticulture.
Plusieurs souverains font de l'horticulture leur délassement habituel: le roi de Bavière et le roi de Belgique sont d'habiles horticulteurs. Le roi de Prusse, au moment où nous écrivons, dépense trois millions de notre monnaie, pris sur sa fortune personnelle, pour faire aux habitants de Berlin la galanterie d'une serre monstre, destinée à leur servir de promenade d'hiver. De savants botanistes, réunis avec de célèbres praticiens convoqués à cet effet de toutes les parties de l'Allemagne, forment à Berlin un congrès qui délibère sur la manière de dépenser ces trois millions le plus judicieusement possible.
En France, la plus attrayante des subdivisions de l'horticulture, la floriculture, obtient une préférence marquée. Nous n'avons pas, comme l'aristocratie anglaise et allemande, d'immenses terres à perdre en jardins paysagers; bien des parcs, jusqu'aux portes de Paris, ont été convertis en champs de pommes de terre ou de betteraves: nous avons vu Tivoli disparaître; le parc de Monceaux ou Monseaux, l'un des mieux dessinés de France, envahi par les constructions, ne sera bientôt plus qu'un souvenir; peu à peu il en sera de même à peu près partout. Mais, à quelque degré de morcellement que doive descendre la propriété, l'amateur de fleurs, doué seulement d'un peu d'aisance, trouvera toujours bien assez d'espace pour y asseoir son parterre et son accessoire indispensable, la serre ou l'orangerie.
Dans les villes, le citadin le plus étranger à la vie champêtre, le plus complètement ignorant en horticulture, aime à s'entourer de fleurs; une jardinière élégante, garnie de fleurs en tout temps, fait partie obligée d'un meuble de salon. Sur tous les points de la France, les sociétés d'horticulture étendent leur influence, les anciennes s'étendent, les nouvelles se multiplient: celles de Lille, Strasbourg, Rouen, Nantes, Angers, Orléans, n'ont rien à envier aux plus célèbres réunions du même genre en Angleterre, si ce n'est les fonds énormes dont celles-ci disposent, et qui font défaut trop souvent au zèle et au talent des horticulteurs français.
Le goût pour les plantes de collection, qui parfois devient une passion véritable, a passé de Belgique en Hollande et de Hollande en Angleterre, d'où il nous est revenu. Les plantes de collection sont celles dont un seul genre, souvent même une seule espèce, donnent naissance à des centaines de fleurs toutes distinctes les unes des autres. Telles sont, parmi les plantes bulbeuses, les tulipes, les jacinthes, les crocus, les amaryllis; parmi les plantes à racines tuberculeuses, les renoncules, les anémones, les pivoines, les dahlias; parmi les plantes de serre tempérée, les camélias, les pélargoniums, les mézembrianthemes, les cactus; parmi les arbustes, les rosiers, les azalées, les rhododendrums.
Tous les ans, des voyageurs botanistes vont, aux frais des amateurs opulents et des principales maisons commerciales d'horticulture, explorer, au péril de leur vie, les parties les plus impénétrables des forêts des deux mondes, pour grossir le catalogue des plantes connues, pour conquérir à l'horticulture quelques nouvelles fleurs. Les graines que ces voyageurs envoient en Europe donnent lieu quelquefois à de précieuses acquisitions. Nous devons, à ce sujet, une mention particulière à deux végétaux récemment introduits en Europe, et qui tous deux fixent en ce moment, à divers titres, l'attention du monde horticole; l'un se nomme Paulownia imperialis, l'autre Daubentonia-Tripetiana; ils semblent destinés l'un et l'autre à devenir aussi vulgaires dans nos bosquets que nos arbres d'ornement les plus répandus; ils supportent aisément les hivers ordinaires sous le climat de Paris. Donnons une idée de leur importance relative.
Le Paulownia imperialis, nommé kiri dans la langue du Japon, son pays natal, offre sur la plupart de nos arbres d'ornement l'avantage de réunir à un feuillage large, épais, et du plus beau vert, une fleur à la fois gracieuse et parfumée. Sous le rapport du feuillage, rien de ce que nous possédions avant lui ne peut supporter la comparaison avec le Paulownia; ses feuilles sont plus larges, d'un vert plus vif que celles même du Biguonia catalpa, celui de tous les arbres antérieurement connus qui offre avec le Paulownia le plus d'analogie. Comme tous les arbres de récente introduction, le Paulownia est et sera probablement longtemps encore épargné par les insectes d'Europe, qui ne sont point habitués à vivre à ses dépens, circonstance qui n'est pas sans importance, puisqu'elle garantit l'intégrité de son feuillage et par conséquent de son ombrage.
(Paulownia imperialis)