La fleur du Paulownia, disposée à peu près comme celle du marronnier d'Inde, mais en thyrse moins serré et moins régulier, ressemble beaucoup à celle de la digitale pourprée; sa couleur, un peu indécise, se rapproche plus du bleu que du violet; son odeur, sans être assez forte pour entêter, est douce et des plus agréables; l'effet des thyrses de fleurs s'élevant au-dessus des masses de feuillage est aussi gracieux que pittoresque. Le Paulownia tiendra donc dans nos bosquets une place très distinguée; il n'y sera pas plus difficile à naturaliser que ne le fut dans le dernier siècle le Catalpa, apporté des forêts d'Amérique.

En attendant que le Paulownia donne des graines mûres pour servir à la propagation, le moindre tronçon de sa racine, mis en terre de bruyère, et traité dans la serre à boutures avec des soins intelligents, donne une multitude de bourgeons, dont chacun peut être détaché et devenir un arbre. Sa croissance est d'une rapidité qui tient du prodige. L'expérience n'a pas encore appris à quelle hauteur il s'arrêtera sous le climat de l'Europe; au Japon, c'est un arbre de treize à quatorze mètres d'élévation.

Le nom de M. Neumann restera lié en France à l'histoire de l'introduction du Paulownia imperialis parmi les arbres qui décorent nos bosquets; c'est aux travaux de cet habile horticulteur qu'on doit la vulgarisation des procédés de culture et de propagation de cet arbre magnifique.

Le Daubentonia-Tripetiana, obtenu de graine, pour la première fois en Europe, par M. Tripet-Leblanc, est sur les bords de la Plata, son pays natal, un arbre de cinq à six mètres de hauteur. A Paris, il parait ne pas devoir dépasser les dimensions d'un grand arbuste. Sa fleur, d'un beau rouge, est disposée en grappes pendantes, comme celles du Robinier ou du Cytise; son feuillage offre beaucoup d'analogie avec celui du Robinier. Depuis bien longtemps nos parterres et nos bosquets, où la place du Daubentonia-Tripetiana est désormais marquée, n'avaient fait aucune acquisition aussi remarquable. Ajoutons que M. Tripet-Leblanc a voulu que ce fût une acquisition toute française, et qu'il a refusé même, aux dépens de ses intérêts d'argent, les offres les plus brillantes pour céder aux spéculateurs anglais cet arbuste encore inconnu, qui ne nous serait revenu qu'au poids de l'or.

Revenons aux plantes de collection. Un volume ne suffirait pas à donner seulement une idée sommaire des innombrables variétés de forme et de couleur qu'elles peuvent offrir. Bornons-nous à rappeler, à ce sujet, un fait, le plus curieux peut-être qui se soit jamais produit en horticulture, un de ces faits qui ouvrent aux espérances de l'amateur des chances illimitées, nous voulons parler de l'hybridation. M. Knight, l'un des plus illustres promoteurs de l'horticulture dans la Grande Bretagne, a reconnu, en se livrant à des expériences de physiologie végétale, qu'à l'exemple des races d'animaux, les races végétales, particulièrement celles dont les fleurs réunissent les organes des deux sexes, peuvent, en se croisant, se modifier pour ainsi dire à l'infini.

(Uncidium papilio.)

Poursuivant avec persévérance les conséquences et les applications de ce principe, devenu bientôt fécond entre les mains des horticulteurs de tous les pays, M. Knight réalisa des merveilles que nous voyons chaque jour se multiplier sous nos yeux. Ainsi, les Dahlias à fleurs parfaites, formées de cornets tous d'égales dimensions dans chaque rangée concentrique, disposés avec une irréprochable symétrie; les Pélargoniums aux mille broderies éclatantes; les calcéolaires, dont les corolles semblent nuancées au pinceau; les Camélias si supérieurs de nos jours à leur type primitif à fleur simple, tous ces végétaux et des milliers d'autres sont des produits de l'hybridation, du croisement des races végétales. De récents perfectionnements viennent d'être apportés à l'art d'obtenir des croisements hybrides; il est impossible de prévoir où ces hybridations doivent s'arrêter. Déjà, pour plusieurs fleurs de collection, pour les Dahlias, par exemple, les variétés récemment acquises l'emportent tellement sur les premières, que celles-ci sont successivement reformées, et cessent de figurer dans les collections. Il en est de même d'un grand nombre de rosiers; s'ils devaient tous être maintenus, après les avoir comptés par centaines, il faudrait les compter par milliers.

Il nous reste à parler des Orchidées, qui tiennent en ce moment le premier rang parmi les plantes de collection.

Pour forcer les Orchidées à vivre et à fleurir dans la serre, il faut leur y créer des conditions analogues de climat et de température, et ce n'est pas toujours chose facile. Une serre pleine d'Orchidées en bon état de végétation est le chef-d'oeuvre dont l'horticulteur praticien a le droit d'être le plus fier.