On renonce généralement aujourd'hui à cultiver les Orchidées dans la terre, où elles ne peuvent que languir; on les assujettit simplement sur des troncs d'arbres morts, auxquels elles s'accrochent par de nombreuses racines; puis elles poussent des feuilles, les unes souples, les autres charnues, aux formes et aux teintes les plus bizarres; c'est par ces feuilles qu'elles puisent leur nourriture dans un air excessivement chaud et humide.

Les Dendrobiums les Uncidiums et les Stanhopeas, sont les plus en faveur des Orchidées au moment où nous écrivons; nous avons figuré la fleur remarquable d'un des plus beaux Uncidiums connus, l'Uncidium Papilio; ses couleurs rouge-cramoisi, brun-noir et jaune-paille, vivement tranchées, sont d'un éclat éblouissant.

Miscellanées

L'HABIT ET LE MOINE.

Quel est ce rayonnant mortel à la chevelure ondoyante, à la cravate merveilleuse, au gilet fastueux, à la taille de guêpe, aux bottes artistement glacées d'un encaustique irréprochable, qui arpente d'un air vainqueur, la canne à pomme d'or en main, le bitume de nos boulevards?--Eh quoi! vous ne le connaissez pas. C'est le vicomte Roger de Cancale, un de nos dandys les plus lancés, un homme que l'on voit partout, un type d'élégance, un lion, puisqu'il faut l'appeler par son nom. A l'aspect de ce brillant personnage, on se demande si c'est un secrétaire d'ambassade, un jeune membre de la chambre haute, une moitié d'agent de change ou un courtier industriel. Les gens même qui le voient habituellement partagent cette incertitude: sa position sociale est un profond mystère, et nul ne pourrait dire au juste sous quelle latitude

parisienne est retiré son domicile. Ce sont là deux points délicats sur lesquels maint questionneur indiscret a parfois cherché à le sonder: mais toujours le noble vicomte a pris soin d'éluder ce chapitre qui ne semble pas éveiller en lui des sensations fort agréables. Sans doute ces demandes déplacées lui rappellent quelque fâcheux souvenir, quelque douloureux secret de famille, qu'il voudrait à jamais bannir de sa mémoire. Tout ce qu'on a pu savoir de lui, à ses moments d'expansion, et par phrases incidentes négligemment jetées dans la conversation, c'est qu'il possède une immense terre dont le revenu suffit, et au-delà, à sa fastueuse existence.

L'emplacement de cette terre, sous les verts ombrages de laquelle nul ne s'est jamais reposé, n'est pas non plus très nettement déterminé par le vicomte. Parfois il lui est arrivé de dire qu'elle était située en Normandie; mais à d'autres il a confessé qu'il possède dans le midi de la France un antique et vaste manoir. D'autres enfin jurent leurs grands dieux qu'il les a engagés maintes fois à venir lui rendre visite dans ses métairies de Beauce. Est-ce distraction? Est-ce oubli? Ou bien ne serait-il pas plus naturel de croire que le noble vicomte est à la fois seigneur châtelain en Beauce, en Normandie et en Provence? Cette dernière interprétation semble en effet la plus plausible; car au train qu'il mène, un tel homme doit être au moins millionnaire. Jeune, beau, noble, riche, élégant, répandu, cet heureux mortel offre donc dans sa personne le résumé de toutes les félicités terrestres. La seconde des Parques ne lui ouvre que des jours filés d'or et de soie. Emportée au courant tumultueux de toutes les voluptés humaines, sa vie n'est qu'une longue ivresse, un perpétuel enchantement. Il doit être l'arbitre de la mode, l'âme du grand monde parisien, le désespoir des autres beaux et la coqueluche des belles. Quelle destinée digne d'envie! Quelle magnifique existence! O fortuné Cancale! O trop heureux vicomte! O ter quarerque beatus!...

Voilà ce qu'il vous parait être, ô flâneurs ingénus, ô modestes passants qui, vous croisant avec ce superbe dandy, vous retournez pour l'admirer et le suivre d'un oeil d'envie. Apprenez maintenant qui il est.

Et d'abord, le fringant héritier du Cancale n'est pas plus vicomte que vous et moi, bien qu'en disent les fastueuses cartes-porcelaine et son cachet armorié. Sa vicomté est chimérique; son de même est de pur agrément, et quant au beau, nom de Cancale, c'est tout simplement celui du célèbre rocher près duquel il a vu le jour et dont il a cru devoir faire suivre l'appellation patronymique de ses ancêtres, marchands de marée de leur métier. Or, si jadis nous avons eu des gentilshommes verriers, il n'est pas à notre connaissance que jamais il ait existé des gentilshommes pêcheurs d'huîtres. Continuons cependant de l'appeler vicomte, puisque aussi bien nous l'avons introduit dans ce titre dont il s'est emparé et qui dès lors lui appartient, sinon par droit de naissance, tout au moins par droit de conquête.