Peu de Flamands figuraient dans la collection. Van Dick avait une Déposition de croix, tableau dont nous avons vu, en Belgique et en Flandre, plusieurs répétitions, qui toutes aspirent au titre d'original. Celui de M. Aguado, authentique ou douteux, s'est vendu 5,000 fr. Un joli tableau du même maître, représentant des enfants qui agacent une lice et ses petits, a été payé 4,000 fr.

Le ministère de l'Intérieur a fait l'acquisition, moyennant 7,400 fr., du Repos de Diane, de Rubens. Sans être entièrement de sa main, ce tableau sort évidemment de son atelier: les chairs se distinguent par la transparence et la vigueur du coloris, et les accessoires que le livret attribue à Sneyders, sont d'une admirable exécution.

L'Enfant Jésus jouant avec saint Jean, une jeune fille et un ange, portait l'empreinte du talent de Rubens, qui semblait cette fois s'être inspiré de la manière de Murillo. Ce tableau a été adjugé à 3.000 fr. Le Jason vainqueur du dragon, et l'Ulysse abordant à l'île des Phéaciens, paysages d'un style grandiose, placés sous l'invocation de Rubens, étaient dignes de l'émulation des enchérisseurs, et les sommes de 1,520 fr. et 1,000 fr. ne nous paraissent pas proportionnées au mérite de ces riches compositions.

Un Téniers, le seul de la galerie, a eu une plus favorable destinée. Il représente la Délivrance de saint Pierre par un ange; mais l'apôtre et son libérateur sont relégués au fond du tableau, tandis qu'au premier plan, des soldats revêtus de l'uniforme du dix-septième siècle, jouent aux dés et boivent de la bière en fumant. Téniers se souciait peu de la vérité historique, mais en revanche il reproduisait la nature avec une merveilleuse dextérité. On a payé sa Délivrance de saint Pierre trois fois plus cher que la Déposition de croix de Van Dick: 15,300 fr.

Les Rembrandt de la collection étaient apocryphes au premier chef; aussi ont-ils été vendus: une tête de Vieillard, 1,300 fr.; portrait de deux Enfants, 1,010 fr.; deux Mendiants endormis, 1,310 fr.

(Vente de la galerie Aguado.)

La dernière vacation a été consacrée aux statues. L'affluence était nombreuse pour assister à la vente de la Nymphe couchée et de la Madeleine, de Canova. La première de ces statues, d'un dessin pur et d'un beau travail, n'a été payée que 1,000 fr. La seconde jouit d'une réputation populaire, et a été souvent reproduite par le moulage; mais les artistes ne sont pas d'accord avec le public sur la valeur de ce chef-d'oeuvre. C'est sans doute un marbre travaillé avec une rare habileté de praticien; toutefois la tête manque de grandeur; l'attitude générale exprime l'abattement physique, et non le repentir et la piété; le corps appartient moins à une femme belle et forte, amaigrie par les austérités, qu'à une jeune fille chétive et phthisique. Malgré ces défauts, la Madeleine est devenue célèbre chez M. de Sommariva, qui avait su l'exposer dans un jour favorable, entourée de draperies dont les reflets fauves lui communiquaient une animation factice. Après la mort du premier acquéreur, qui l'avait payée 6,000 fr., elle avait été achetée par M. Aguado au prix de 63,000 fr., et vient d'être revendue 59,500 fr. à un noble génois, le duc de Sarraglia.

En 1839, lorsqu'il faisait assurer sa galerie par la compagnie du Phénix, il estimait 3,039,950 fr. les 383 tableaux qu'il possédait alors; qu'on juge de ses illusions par le résultat de la vente actuelle:

École espagnole (230 tableaux). 255,192 fr. 50 c.
École italienne (128 tableaux). 236,006 50
Écoles flamandes (35 tableaux). 54,638 50
Marbres (50). 88,999 50
Total. 635,436 50