C'est pour réaliser un si mince produit, que s'est opérée la dispersion de ces oeuvres d'art, dont la réunion avait coûté tant de peines. Cette galerie dont M. Aguado était fier à juste titre, n'a eu qu'une existence passagère; mais elle laissera de longs souvenirs dans l'esprit des artistes, et ils nous sauront gré sans doute d'en avoir dressé l'acte de décès.

Beaux-Arts.--Salon de 1843.

(Voyez pag. 44 et 56.)

SALLE DES SCULPTURES.

Les maîtres sont absents, comme ceux de la peinture; il semble désormais qu'il soit de mauvais goût à un artiste éminent d'exposer au Louvre, et que la distinction de ses tableaux ou de ses statues doive être deux fois compromise, d'abord par les médiocrités au milieu desquelles le nouveau chef-d'oeuvre irait prendre place, puis par la vulgarité des regards bourgeois qui le viendraient niaisement contempler. On reprochait à l'un de nos grands poètes de ne plus écrire que pour un petit nombre d'élus ou d'initiés, de ne plus chanter en quelque sorte qu'à huit clos et dans le saint des saints. Nos grands artistes ont de même une pente visible à ne plus faire que de la peinture et de la sculpture intime; si parfois encore ils daignent révéler aux yeux du commun les nouveaux enfants de leur génie, il faut que le public se dérange, et se donne la peine de passer chez eux.

L'un demeure au Marais, et l'autre aux Incurables.

Où sont donc, cette année, MM. Etex et David? Pourquoi MM. Rudde, Jouffroy, Antonin Moyne et les autres n'ont-ils rien envoyé au Louvre? Ont-ils tant de commandes officielles, qu'ils n'aient pu trouver le loisir de faire pour le public la plus mince statuette! L'un, nous dit-on, couronne de lauriers un buste idéal de M. Victor Hugo, comme il ferait pour la tête de Raphaël ou de Shakspere; l'autre travaille pour le compte d'un riche bourgeois, qui veut avoir des aïeux de marbre. Par suite, la salle des sculptures offre un assez pauvre aspect; comme les portraits dans le salon carré et les deux galeries, ici les bustes abondent; les statues sont rares, les groupes encore plus; mais, en revanche, vous vous croiriez dans une école de dessin d'après la bosse, tant il y a de têtes sur les tables. Un buste devient un objet de mode; le portrait se fait bourgeois et mesquin, tout au moins l'on veut être moulé. Les artistes n'ont malheureusement pas le choix de leurs modèles. «Qui voudra te peindre, dit une ancienne épigramme, puisque personne ne peut te voir?» Mais en payant bien, aujourd'hui, quelque difforme que vous puissiez être, on se fera plaisir de vous peindre au naturel, même on vous enlaidira encore, si vous le désirez. Puis on vous enverra figurer au Salon, sur l'autorité de Boileau:

D'un pinceau délicat l'artifice agréable,

Du plus affreux objet fait un objet aimable. »

Les anciens étaient avares des portraits, dans la crainte qu'ils avaient de multiplier les ouvrages médiocres. Tout vainqueur aux jeux olympiques était honoré d'une statue; mais il fallait y avoir remporté trois couronnes, pour que cette statue fût iconique, c'est-à-dire pour qu'elle représentât l'athlète à qui on l'accordait.