La salle des sculptures offre pourtant quelques oeuvres distinguées, que nous; examinerons en détail, comme nous avons déjà fait pour les principales peintures du salon carré.

M. Simart.--La Philosophie, statue en marbre.--Nous devons d'abord remercier M. Simart de n'avoir point chargé son personnage allégorique de fastidieux attributs, et de nous avoir fait grâce, par exemple, du scalpel de l'analyse et du flambeau de la réflexion, ne craignant pas d'ailleurs que nous prissions sa Philosophie pour le Commerce ou la Navigation.

Par la simple méditation du visage, par l'inflexion pensive de la tête, par la pose expressive de la main sur la poitrine, l'artiste a su personnifier le [Grec], et donner une forme sensible à la réflexion psychologique. La pensée de M. Simart est austère; sa Philosophie n'est point la vierge mélodieuse de Sunnium, chantée par les poètes, qui font habiter volontiers la Sagesse dans la lyre; ce n'est point la muse platonicienne, douce et clémente, amie des beaux discours et des harmonieuses paroles, mais plutôt la sévère métaphysique allemande, la déesse un peu boudeuse de l'objectif et du subjectif, la Raison pure. La concentration intérieure est telle, que l'âme, tout entière au travail psychologique, semble se retirer des traits du visage et la vie s'y glacer: c'est une statue de la Réflexion plutôt que la Réflexion même. Nous exagérons à dessein notre critique pour la mieux préciser; la conception de M. Simart n'en est pas moins belle et profonde; nous reprochons seulement à l'artiste d'avoir comme attristé cette noble figure par l'exercice même de la pensée, au lieu d'avoir peint le reflet de la belle lumière intérieure qu'a célébrée Malebranche, de cette flamme divine qui ravit si puissamment les yeux de l'âme.

Peut-être devons-nous aussi trouver dans la statue de M. Simart une certaine exagération de régularité et de pureté classiques: toutes les lignes sont coupées à angles droits les traits du visage comme les draperies; il en résulte une sorte d'harmonie carrée qui nous semble dépasser l'antique proprement dit, et remonter jusqu'à l'Égypte. La statuaire grecque ne fit à son origine qu'imiter la momie égyptienne, et ses premières statues, ayant la moitié du corps enfermé dans une gaine, ressemblaient toutes aux images du Dieu Terme. On dirait de même, à voir la rigide façon dont la Philosophie est enveloppée, que l'artiste, dans son amour excessif de l'antique, a voulu faire un Hermes, une Isis voilée: la critique avait déjà reproché à son Oreste mourant une affectation de gravité et de stoïcisme; aujourd'hui, M. Simart nous semble toucher aux extrêmes limites de la simplicité, au-delà desquelles la statuaire devient de la géométrie pure.

(Salon de 1843.--Vue de la galerie de sculpture.)

La Philosophie de M. Simart, malgré toutes ces critiques, n'en est pas moins, à notre sens, une des plus remarquables oeuvres qui aient été exposées au Louvre depuis plusieurs années.

M. E.-M. Maindron.--Un jeune Berger piqué par un serpent; son chien lèche sa blessure.--Ce groupe, exposé en plâtre il y a quelques années, avait dès lors mérité d'unanimes éloges.--M. Maindron, comme chacun sait, est un sculpteur romantique. Les sculpteurs spiritualistes étaient déjà une chose assez rare, assez absurde même, au dire des amants positifs de la Vénus Callipyge; mais quel nom donner à l'audacieux qui ose introduire sous le marbre la rêverie mélancolique et le vague de la pensée? René n'est-il pas en sculpture un être impossible, une incompatibilité? Autant vaudrait essayer de rendre avec du plâtre ou du marbre la romance du Saale, les Méditations de Lamartine Nonobstant, M. Maindron semble avoir heureusement trouvé le côté vaporeux, si je puis dire, de la sculpture. Dans ses statues, tout est sacrifie à l'expression et à l'effet de la tête: l'artiste affectionne généralement les formes grêles, soit qu'il y trouve une distinction romantique, soit que cet appauvrissement de tout le corps lui paraisse devoir mieux faire ressortir la richesse de la tête; souvent même, sous cette constante préoccupation du sentiment de la figure, il néglige la correction de l'ensemble; ainsi, dans le groupe que nous examinons, la cuisse gauche du berger est projetée d'une façon malheureuse, la chute des épaules a trop de mollesse, et la nuque est étrangement aplatie; mais, en revanche, la tête de l'enfant est délicieuse: il y a dans ses paupières baissées, dans le pli de ses lèvres une douceur charmante, une tristesse gracieuse; on dirait qu'il éprouve plutôt une peine de coeur qu'une douleur physique, qu'il rêve plutôt qu'il ne souffre. La tête du chien est admirable de sentiment; elle a une expression beaucoup plus claire et plus précise que celle de son maître: il eut été difficile, en effet, de faire un chien romantique et rêveur, avant le vague à l'âme.--En somme la nouvelle composition de M. Maindron tient dignement ce que promettaient sa Velléda, son Christ, son saint Grégoire, toutes oeuvres déjà si remarquables par le goût, la science de l'ajustement, la distinction de la fantaisie, et surtout la constante vérité de l'idéalisation.

M. Protat.-Sara la baigneuse, bas-relief en plâtre.

«Elle bat d'un pied timide