«Désormais je n'espère plus l'obtenir, la paix: je ne l'attends plus, la guérison du mal qui me dévore sans relâche; il pâlit, le rayon qui me donna la vie; mes jours volent rapides vers leur terme.
«Elle brûle et fume encore ma plaie cachée, et la honte s'ajoute à l'injure; et toi, vain nuage, toi, vile écume, toi, gloire, autre perfide, tu me fuis aussi!
«Comment se sont évanouies tant de douces espérances, comment est-il mort si vite cet amour si profond? Et toi, lâche! tu les pleures les jours écoulés, tu pleures l'heure de la joie.
«Et l'avenir? je l'attends, je le considère avec stupeur. Tout secours humain arrivera trop tard; il ne peut plus être apaisé, le soupir de mon coeur.»
Beaux-Arts.--Salon de 1843
TABLEAUX ET SCULPTURES.
(Le Colin-Maillard, par M. Giraud.)
M. E. Giraud--Colin-Maillard.--Monsieur l'abbé a les yeux bandés, il s'avance les mains étendues dans le vide; pourtant on serait tenté de croire que le bandeau est mal assuré sur ses yeux et que l'abbé triche un peu, car il poursuit les dames et ne se soucie point de prendre le cavalier qui vient lui parler imprudemment à l'oreille; mais les dames se dérobent, et l'une, glissant, tombe sur l'herbe, sans doute pour montrer à demi sa jolie jambe, et relever une de ses mains jusqu'aux lèvres du jeune chevalier qui, par fortune, se trouve derrière elle au moment de sa chute. Cependant M. l'abbé pose lourdement son escarpin sur la queue du griffon, le mignon fanfreluche, flocon de soie avec un petit nez rose et deux jolis yeux noirs; le faune joue de la flûte sur son piédestal, et semble rire de ce pauvre abbé, qui fait tomber la dame au bénéfice de son prochain.--Une gaieté vive et gracieuse anime toute cette scène; les figures sont dessinées avec une facilité charmante, et les moindres détails spirituellement traités.