«Le cheval s'approche d'elle, il plie doucement les jarrets, et, d'un doux regard, le mystérieux animal semble l'inviter à se placer sur son dos.

«La jeune fille y monte confiante; d'une main ferme elle saisit la bride, et le destrier n'a pas plus tôt senti le doux fardeau, qu'il part, rapide comme l'éclair.

«Sorti de l'église, il traverse la cité, prend à travers la campagne. Où alla-l-il? nul ne le sait.

«Peu à peu l'épouvante de la foule se calme; mais vainement le monarque essaie de vaincre sa terreur.

«Toujours il croit voir les cierges s'éteindre au milieu des rites sacrés, toujours il croit entendre le sourd galop d'un cheval.

«Il demande à ceux qui l'entourent s'ils ont vu l'étranger qui doit arriver; et, à peine a-t-il reçu leur repose, que de nouveau il leur adresse la même question.

«Le pauvre fou vécut ainsi une longue année, puis il mourut, laissant la couronne à son plus proche parent.

«Et jamais nul n'entendit plus parler ni de l'aventurier inconnu ni de la belle Isabelle, emportée par le destrier.»

Pour faire bien connaître notre poète, il nous faudrait citer encore la Vendetta, avec son naïf refrain: l'antique histoire le dit ainsi: la Chapelle des Innocents, empruntée à une tradition suisse, plus sombre, plus dépouillée d'ornements que les autres ballades de Carrer, mais pleine d'expression; Le Sultan, le Maure, le Chanteur Stratella, l'une des plus longues pièces, mais peut-être la plus belle du recueil, qui suffirait seule à révéler un poète éminent: petit drame plein d'émotion, où Carrer a déployé, en même temps qu'une vive sensibilité, l'étonnante flexibilité de son talent et toutes les richesses d'un rhythme heureusement varié.

Dans l'impossibilité de tout citer, nous terminerons nos citations par un sonnet dont la vague expression nous semble révéler autant les douleurs d'une haute ambition poétique que celles d'un amour trompé.