Bulletin bibliographique.
Économistes financiers du dix-huitième siècle.--Vauran--: Projet d'une dîme royale.--- Boisguilbert: Détail de la France; Factum de la France et Opuscules divers.--Jean Law: Considérations sur le numéraire et le commerce; Mémoires et Lettres sur les Banques; Opuscules divers.--Melox: Essai politique sur le commerce--Dutot: Réflexions politiques sur le commerce et les finances. Précédés de Notices historiques sur chaque auteur et accompagnés de commentaires et de notes explicatives; par M. Eugène Dame.--Paris, 1843. Guillaumin. Un magnifique volume grand in-8, de 1,008 pages à une seule colonne. 13 fr. 50 c.
M. Guillaumin a commencé l'année dernière la publication des oeuvres des principaux économistes français ou étrangers. Cette importante collection doit former douze à quinze volumes. Cinq de ces volumes sont déjà en vente; ils contiennent le Traité et le Cours d'Économie politique de J.-B. Say, et la Richesse des Nations d'Adam Smith. Dans le courant de l'année 1843, paraîtront successivement: Turgot (1 vol.), les Physiocrates, Quesnay, Mercier de la Rivière, Dupont de Nemours (1 vol.); Malthus (1 vol.); Ricardo (1 vol.). Le texte de chaque ouvrage, revu et corrigé avec le plus grand soin, est accompagné de notes explicatives et historiques, de commentaires et notices biographiques, par M. M. Blanqui, Eugène Daire, Hippolyte Dussard, Rossi et Horace Say.
Les Économistes financiers du dix-huitième siècle formeront le premier volume de la collection des principaux économistes. A ces divers penseurs, que, un seul excepté, la France a vus naître, appartient, en elle, la gloire d'avoir marché les premiers à la conquête des vérités économiques. Avec eux finit l'ère de l'empirisme ou de la routine, et commence celle du raisonnement en ce qui touche les intérêts matériels de la société. Ils sont les véritables précurseurs de l'école physiocratique dont Quesnay fut le chef, et de l'école industrielle qui eut Adam Smith pour fondateur. Bien qu'ils soient désignés par le titre d'Economistes financiers, il ne faut pas induire de cette dénomination qu'ils n'ont accordé leur attention qu'à l'impôt. Loin de la, presque toutes les questions qu'agitent encore de nos jours la presse et la tribune des Chambres législatives, ont été soulevées et débattues ans les écrits de Vauban, de Boisguilbert et de leurs successeurs immédiats. En résumé, ce furent ces ancêtres de ta science, qu'on nous permette cette expression, qui détermineront le grand mouvement économique auquel la France doit sa prospérité actuelle.
Colonisation de l'Algérie; par Enfantin.--Paris, 1843. Bertrand. 1 vol in-8 de 542 pages, avec une carte. 7 fr. 50 c.
Le nouvel ouvrage de M. Enfantin se divise en cinq parties, une introduction et une conclusion séparées par trois livres.
L'Introduction a pour titre: Des colonisations en général. M. Enfantin definit d'abord ce qu'il entend par le mot colonisation. Dans son opinion, «c'est le transport d'une population civile considérable, d'une population agricole, commerçante et industrielle, formant familles, villages et villes, et des arts et des sciences qu'une semblable population apporte ou attire nécessairement. Mais ce mot comprend aussi l'organisation par la France, c'est-à-dire par le gouvernement et l'administration, par des Français, de la population indigène, dans les villes et dans les campagnes.» Cette définition donnée, M Enfantin examine plusieurs systèmes coloniaux différents, selon les époques et selon le degré de civilisation des peuples colonisateurs; il se demande ensuite ce que peut et ce que doit être une colonisation faite par la France en Algérie, au dix-neuvième siècle. Selon lui, notre politique n'est plus absolue, elle transige et concilie, elle veut associer; par conséquent deux problèmes à résoudre: 1º modifier progressivement les institutions, les moeurs, les habitudes des indigènes; 2° modifier aussi celles des Européens colons, de manière à faire vivre les uns et les autres en société, sur un même sol et sous un même gouvernement. Les institutions coloniales données par la France à l'Algérie doivent faire tendre les deux populations (indigène et européenne) vers un ut commun, sous le triple rapport administratif, judiciaire et religieux. --application de ce principe à la constitution de la propriété dans l'Algérie française, telle est la base de l'ouvrage de M. Enfantin.
Ainsi, M. Enfantin aborde la question générale de la colonisation de l'Algérie par son côté le plus apparent, le plus matériel, qui lui permet cependant, sinon d'embrasser, au moins de toucher presque toutes les parties de ce grand ensemble.
Le Livre Ier, intitulé: Constitution de la propriété, se divise en trois chapitres. M. Enfantin recherche d'abord quel était, en 1830, l'état de la propriété en Algérie, et quel est actuellement l'état de la propriété en France; puis il compare ces deux manières de concevoir la propriété, et il se demande ce qu'elle doit être pour l'Algérie française.
Dans le Livre II (colonisation européenne), M. Enfantin établit, d'après des considérations historiques, géographiques et politiques, les lieux qui sont propres à la colonisation civile ou à la colonisation militaire, et l'ordre selon lequel ces deux espèces de colonisation doivent être commencées et progressivement développées; il traite ensuite du personnel et du matériel des colonies civiles et des colonies militaires.