Cependant, malgré sa légèreté, elle ne pourrait pas se soutenir longtemps sur l'air, elle descendrait peu à peu jusqu'à terre; mais on remarquera, d'une part, qu'elle s'avance au milieu de l'atmosphère, sa partie antérieure! légèrement élevée. Dans cette position, elle présente sa surface inférieure aux couches d'air qu'elle traverse; la résistance que ces couches lui opposent l'empêche de tomber. D'autre part, elle est également soutenue par la rapidité de sa marche.
Mais, dira-t-on, qu'arriverait-il si la vitesse diminuait, et comment obtenir une vitesse suffisante? Toutes les tentatives faites jusqu'à ce jour ont échoué, parce qu'il n'existait aucune machine à la fois assez légère et assez, puissante pour élever son propre poids dans l'air avec la vitesse nécessaire. Cette double difficulté, M. Henson prétend l'avoir vaincue: 1° par l'invention d'une nouvelle machine à vapeur aussi puissante que légère, et 2º par un procédé très-singulier qui demande une explication particulière.
Les divers inventeurs de machines aériennes ont cru jusqu'à ce jour que leur machine devait avoir en elle-même la force nécessaire pour se mettre en mouvement, s'élever et se soutenir dans l'air. M. Henson croit que cette erreur a empêché leurs entreprises de réussir; l'ait seul étant impuissant, il a recours à la nature: sa machine, prête à partir, est lancée dans l'air de l'extrémité supérieure d'un plan incliné. A mesure qu'elle descend, elle acquiert la vitesse qui lui est nécessaire pour qu'elle puisse se soutenir sur l'atmosphère durant le reste de son voyage. La résistance que l'air lui oppose ralentirait peu à peu sa vitesse; la machine à vapeur n'a d'autre but que de réparer constamment cette perte de vitesse. Un oiseau prend-il son vol du haut d'un arbre ou d'un rocher, d'abord il plonge dans l'air pour acquérir une certaine vitesse. Une fois ce mouvement imprimé, il a peu d'efforts à faire pour monter plus haut et augmenter la rapidité de sa course. Avec quelle peine, au contraire, le même oiseau ne s'élève-t-il pas de terre au sommet d'un arbre ou d'un rocher! Ce fait est une conséquence nécessaire d'un axiome mécanique bien connu: une fois en mouvement, un corps continue à se mouvoir, si sa force égale celle des obstacles qu'il rencontre. M. Henson ayant lancé sa machine, lui donne, à l'aide de sa machine à vapeur, une force égale à celle des obstacles qu'elle doit surmonter.
On demandera encore, nous le savons, si la machine à vapeur de M. Henson est suffisante pour obtenir ce résultat.
Cette question en soulève deux autres, à savoir: quelle est la puissance de cette machine, et quels obstacles aura-t-elle à surmonter? Il est plus facile de répondre à la première de ces deux questions qu'à la seconde. La puissance d'une machine à vapeur dépend principalement de la quantité de vapeur que produit le générateur; or, d'après les expériences faites, la machine de M. Henson représentera une force de 20 chevaux. Le générateur et le condensateur sont aussi nouveaux qu'ingénieux: le premier se compose d'une cinquantaine de cônes de cuivre tronqués et renversés, disposés au-dessus et à l'entour de la fournaise; le condensateur est formé d'un certain nombre de petits tuyaux exposés au courant d'air produit par la course de la machine. Enfin le poids total de la machine, avec l'eau nécessaire pour l'entretenir, ne dépasse pas 600 livres.
Quelle résistance cette machine rencontrera-t-elle? Sera-t-elle assez forte pour en triompher? L'expérience qui sera faite prochainement permettra seule de répondre à cette dernière question.
Courrier de Paris.
THÉÂTRE-ITALIEN.--PROCÈS D'UN DAUPHIN.--LE BURGRAVE. PHÈDRE ET LA POLOGNE.--UNE AMÉNITÉ.--UN JEUNE HOMME A MARIER.--LA LOGE DU CINTRE.--LA VICTIME DE L'AMITIÉ.
Les rossignols sont envolés, comme dit le feuilleton dilettante dans son jour de deuil; le Théâtre-Italien vient de clore ses portes, et la cavatine va prendre le paquebot de Boulogne ou de Calais. Ninetta, Otello, Don Pasquale jetteront, en passant, quelques notes aux alcyons. D'ordinaire, on se quittait avec larmes; c'était, des deux parts, un assaut d'émotion flagrante et d'attentions délicates; le parterre et les loges s'abîmaient en bravos, se ruinaient en bouquets monstres. L'autre jour, à la clôture, tout s'est passé froidement; sans doute on y a mis des procédés: le camélia, la violette, le laurier ont cherché à fleurir et à échauffer la séparation; mais, vous savez, quand deux amis sont à la veille d'une rupture, ils ont beau s'efforcer de sourire comme par le passé, et de se serrer tendrement la main, il y a, dans leurs démonstrations caressantes, un ne sait quoi de contraint et de glacé qui les dénonce. Comment? qu'est-ce à dire? le public et le Théâtre-Italien auraient-ils assez l'un de l'autre? Après dix ans d'une union intime, d'une passion qui s'est emportée jusqu'à l'aveuglement et à la fureur, tout serait-il fini? Faudrait-il mettre cet amour transalpin sur le grand bûcher où ce capricieux Paris brûle, pèle mêle, tous ses caprices, toutes ses fantaisies, toutes ses admirations d'une année, d'un mois, d'une semaine, d'un jour, pour semer ensuite leurs cendres au vent? Je ne dis pas cela, comme dit Alceste; mais, enfin, il y a dans l'air quelque chose d'inquiétant. Le vent qui souffle sur le Théâtre-Italien n'a plus la douceur de cette bise amoureuse où fauvettes et rossignols ont chanté si longtemps.
Il s'est passé un fait qui atteste la réalité de cet attiédissement. Lablache a déclaré publiquement, à la face du parterre, qu'il chantait à Paris pour la dernière fois. Dieu! si une parelle nouvelle était inopinément tombée sur le public de l'année dernière, quel bruit! quelle désolation! il se serait dressé sur ses banquettes, il aurait bondi dans toutes ses loges, et, s'emparant de Don Géronimo de vive force, il l'aurait porté dix fois autour de la salle, en palanquin ou sur ses épaules, criant à tue-tête: Lablache for ever! Hier il ne s'est guère plus ému que si Morelli eût annoncé qu'il allait cultiver ses tulipes.--Ainsi Lablache nous quitte, et nous quitte sans rémission. Pourquoi s'en va-t-il? c'est là le mystère. Le Théâtre-Italien est en ce moment plein de logogriphes et d'énigmes de la même espèce; les meilleurs y montrent les dents, les plus unis s'y querellent.