M. Lacordaire.
M. Lacordaire était avocat avant d'être prêtre. Il est né à Recey-Sur-Ource (Côte-d'Or), et peut avoir aujourd'hui 41 ans, il eut, à ce qu'il dit lui-même, une enfance turbulente, et ses idées, au sortir du collège, n'annonçaient guère un futur prédicateur. Au grand chagrin de sa pieuse mère, il déclarait, à qui voulait l'entendre, que Dieu était une chimère, et le catholicisme une sottise. Son droit terminé, il vint faire son stage à Paris et travailla chez un avocat. Deux ans après, c'est-à-dire en 1824, le jeune athée, subitement converti, était entré au séminaire de Saint-Sulpice. Il ne se proposait rien moins, à cette époque, que d'aller en Amérique convertir les peuplades sauvages, et respirer, loin de cette Europe décrépite, l'air pur du Nouveau-Monde. M. de Lamennais, dont les ouvrages avaient beaucoup contribué à sa conversion, l'en dissuada, et pour donner carrière à son insatiable activité l'attacha depuis à l'Avenir, dont il fut un des principaux rédacteurs.
Le journal tomba. M. Lacordaire accompagna à Rome M. de Lamennais et le quitta brusquement. Il publia bientôt une rétractation, où il déclarait qu'il n'avait jamais adhéré par conviction aux doctrines de M. de Lamennais, qu'il n'avait fait que céder par lassitude aux sollicitations qui lui étaient faites en s'associant à son oeuvre.
C'est à dater de cette époque que la réputation de M. Lacordaire, comme orateur, a commencé. Elle grandit en peu de temps. On lui proposa de prêcher le Carême à Notre-Dame en 1835, mais à condition qu'il soumettrait à M. Affre, alors vicaire-général, le plan de ses sermons. On redoutait la fougue et les idées démocratiques du jeune prédicateur. Cependant on ne put si bien faire, que ses discours ne portassent l'empreinte du catholicisme libéral et un peu révolutionnaire de l'Avenir. Il y était question de souveraineté du peuple et d'idées analogues qui ne devaient pas flatter beaucoup un légitimiste inflexible comme M. de Quélen. Un auteur assure avoir vu l'archevêque s'agiter sur son siège pendant que l'orateur développait devant lui ses théories nationales. Aussi n'est-il pas étonnant que, malgré le succès qu'il avait obtenu dans cette station du Carême, on l'engageât à faire un voyage à Rome. Il en revint l'année suivante et prêcha encore à Notre-Dame; comme on trouvait que son style et ses idées n'étaient guère amendés, on lui conseilla un nouveau voyage. On assure que ce fut alors que M. Lacordaire, pour s'affranchir de la censure épiscopale, résolut d'entrer dans l'ordre de Saint-Dominique, dont il prit l'habit en juin 1840.
La figure maigre et allongée de M. Lacordaire s'anime, quand il parle, d'une expression enthousiaste et poétique. C'est un homme à imagination ardente, dont les opinions peuvent changer; mais on sent que sa parole exprime la conviction.
(M. de Ravignan.)
M. de Ravignan a une manière plus posée et plus réfléchie que M. Lacordaire. Il se tient aussi plus en garde contre tout ce qui pourrait donner à la prédication un caractère politique. C'est là le motif qui l'a fait probablement substituer à ce dernier pour les prédications de Notre-Dame. Il suit une marche rigoureusement logique. Malgré la science dont il brille, il ne transporte cependant point son auditoire; on sent comme quelque chose de factice dans la chaleur de son débit et dans la vivacité calculée de son geste.
Où est né M. de Ravignan? les biographes ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns le font naître à Paris, les autres à Bordeaux ou dans les environs. La dernière opinion nous paraît la plus vraisemblable.