En 1816, époque à laquelle il fut nommé conseiller-auditeur, M. de Ravignan pouvait avoir vingt-trois ans. Sept ans après, il entra dans la magistrature et occupa avec distinction pendant dix-huit mois la place de substitut du procureur du roi près le tribunal de la Seine. Il renonça au monde, disposa de sa fortune en faveur de ses héritiers naturels et entra au séminaire de Saint-Sulpice, qu'il quitta bientôt pour entrer à Montrouge dans la maison des jésuites. On assure que M. de Ravignan fut tonsuré par M. Frayssinous, que l'on venait de sacrer évêque, et qui, prévoyant dès lors sa gloire future, dit en s'adressant à ceux qui l'entouraient: «Voilà celui qui doit me succéder dans l'oeuvre des conférences.»

Après avoir passé plusieurs années à étudier les Pères de l'Église et à s'instruire dans la science des prédicateurs. M. de Ravignan fut nommé pour prêcher le Carême à Notre-Dame. Ce fut le 12 février 1837 qu'il y ouvrit sa première conférence. Il les a continuées depuis avec un succès dont rien n'annonce le déclin. Prêchant presque toujours sur des matières qui ont rapport au dogme, M. de Ravignan a peu excité la critique des journaux.

Une prédication à Saint-Roch.

M. Coeur n'est pas avocat. Sa vocation semble l'avoir porté d'abord vers le professorat et l'état ecclésiastique. Après avoir achevé ses études, qui furent brillantes, il fut quelque temps régent de rhétorique et de

M. Coeur. philosophie dans un petit séminaire de province. Puis, il vint à Paris en 1827 pour suivre les cours publics professés par les hommes célèbres qui ont abandonné depuis les triomphes pacifiques de la Sorbonne et du Collège de France pour une scène plus orageuse. Il y passa deux ans et alla ensuite passer quelque temps dans la solitude de la Chartreuse pour se préparer à recevoir la prêtrise, qui lui fut conférée en juin 1829. Il venait d'atteindre sa vingt-quatrième année.

La réputation de M. Coeur a commencé en province, lors des prédications qu'il fit à Lyon en 1833, et plus tard à Nantes et à Bordeaux. Paris devait appeler à lui un talent déjà si distingué, et la Sorbonne a rendu justice à M. Coeur en le nommant à remplir à la Faculté de Théologie la chaire d'éloquence sacrée.

M. Coeur a une figure assez commune, un geste lourd et un timbre de voix un peu voilé. Il manque de ces qualités extérieures qui concourent à faire un orateur. Mais sa parole est d'une lucidité admirable. On lui sait gré de tous les efforts qu'on n'est pas obligé de faire pour saisir sa pensée. Sa manière est savante et philosophique; il excelle à exprimer de ces vérités que tout le monde sait, mais que personne n'avait encore exprimées. Son style est abondant et fleuri.--un peu trop fleuri peut-être; mais c'est là un défaut dont il aurait tort de se corriger tout à fait. Ce qui serait de la recherche dans tout autre semble naturel en lui et il y a tel passage de ses cours et de ses sermons qui rappelle les plus, charmantes page» de Bernardin de Saint-Pierre.

M. Coeur n'a pas encore dit son dernier mot comme prédicateur. Mais tout annonce qu'il s'élèvera avant qu'il soit de la réputation de MM. Lacordaire et de Ravignan, à moins qu'il ne soit absorbé complètement par l'enseignement de la Sorbonne.