Bulletin bibliographique.
Histoire des États-Généraux et des institutions représentatives en France depuis l'origine de la monarchie jusqu'en 1789; par A.-C. Thibaudeau, auteur des Mémoires sur la Convention et de L'Histoire du Consulat et de l'Empire. 2 vol. in-8. Paris, 1843. Paulin, 15 fr.
«Les États-Généraux ont eu, dit M. Thibaudeau, une influence immense sur les destinées de la nation Française. Dépositaires de ses pouvoirs, ils l'ont éclairée sur ses intérêts et sur ses besoins; ils lui ont révélé et enseigné ses droits, ils ont mis à découvert les abus criants du pouvoir, les plaies profondes de la société; ce sont eux qui en ont indiqué et réclamé les réformes et les remèdes. Ils ont contribué à former l'opinion, à créer un esprit public. De temps en temps ils ont secoué et réveillé la royauté par l'expression du voeu national. Ils l'ont, par l'empire du droit et de la raison, forcée à sortir de son ornière et à marcher avec le siècle. Elle a marché à pas lents, de mauvaise grâce, de mauvaise foi, mais elle n'est pas restée stationnaire. Les célèbres ordonnances qui formaient notre droit publie, dont nos pères se glorifiaient et que l'Europe admirait, ce ne sont ni les rois ni leurs conseillers qui en eurent la pensée: les États-Généraux en ont fourni la matière; elles ont été calquées sur leurs cahiers. C'est au cri des États-Généraux qu'éclata la plus glorieuse des révolutions. Qui peut dire où en serait la France, si elle n'avait pas en les États-Généraux. »
L'histoire des États-Généraux, en d'autres termes, l'histoire de la longue lutte de la royauté et de la nation, de la légitimité et de la souveraineté du peuple, de l'absolutisme et de la légalité, tel est le vaste et beau sujet que M. Thibaudeau s'est proposé de traiter, car cette histoire ne tient qu'une petite place dans les histoires de France. Quelques écrivains avaient, il est vrai, essayé, à diverses époques, de combler cette importante lacune; mais leurs travaux sont très-abrégés, superficiels, incomplets et fautifs. D'ailleurs, M. Thibaudeau s'est aidé surtout de documents précieux restés inédits jusqu'à ce jour, et dont ses prédécesseurs n'avaient pas pu profiter.
Les États-Généraux ne datent que de 1502. Cependant ils n'ont pas été improvisés. D'autres institutions analogues les ont amenés et leur ont servi de base. Il faut nécessairement connaître ces précédents pour apprécier l'origine des États, leur constitution, leurs vices, leur utilité. Une longue et savante introduction placée en tête du premier volume contient l'exposé des vicissitudes diverses qu'avait subies, pendant sept siècles, depuis sa fondation jusqu'au règne de Philippe le Bel, la monarchie française.
Ces prémisses posées, M. Thibaudeau aborde franchement son sujet. Il montre les États-Généraux naissant sous Philippe le Bel (1302), se développant sous ses successeurs, empiétant peu à peu sur l'autorité royale, essayant d'établir un gouvernement représentatif, gouvernant un instant, pendant la captivité du roi Jean, puis, mal compris et mal secondés par le peuple, laissant échapper une partie du pouvoir dont ils s'étaient emparés, ne cessant pas cependant, malgré l'inutilité de leurs réclamations, d'adresser à la couronne des remontrances qui ne seraient pas tolérées dans les gouvernements constitutionnels, préparant autant qu'il était en eux la grande régénération du royaume, remplacés pendant une période de près de deux siècles, de 1614 jusqu'en 1789, par des assemblées de notables, instruments dociles de la monarchie absolue, rappelés enfin en 1789, et disparaissant pour toujours dans cette tempête qui engloutit clergé, noblesse, tiers-état, toute distinction d'ordres, et créa la nation française.
History of the House of Commons, from the convention-parliament of 1688-9 to the passing of the reform bill in 1832; by W. Charles Townsend, Esq., recorder of Macclesfield.
Histoire de la Chambre des Communes depuis la convention de 1688-9, jusqu'au vote du bill de réforme en 1832; un vol. in-8. Londres. Colburn, 14 schellings (non traduite.)
A en juger par le premier volume qui vient de paraître, cet ouvrage de M. Townsend ne tiendra pas les promesses de son titre. Il n'est jusqu'à présent qu'un recueil assez indigeste d'anecdotes ou de biographies. S'il se fût présenté avec un air plus convenable et plus modeste, il eût été sans aucun doute beaucoup mieux accueilli par la critique; mais il lui sied trop mal d'avoir de telles prétentions. M. Townsend ne peut pas croire qu'il a écrit une histoire de la chambre des communes: il ne le persuadera pas au lecteur, que son annonce mensongère aura trompé.
L'histoire que M. Townsend s'était proposé d'écrire renferme une période de 144 années; car elle s'étend depuis la convention de 1688-9 jusqu'à la promulgation du bill de réforme en 1832. Cette période, M. Townsend la divise en trois époques. La première de ces époques, qui commence à l'abdication de Jacques II et finit à la mort de Georges Ier, en 1727, se trouve comprise tout entière dans le premier volume que le libraire Colburn vient de mettre en vente.