A l'époque où cette loi fut rendue, le nombre des maréchaux de France était de douze. Depuis, six d'entre eux sont morts, et sur ces six vacances, deux promotions ont été faites: celles de M. le lieutenant-général comte Horace Sébastiani et de M. le lieutenant-général comte Drouet d'Erlon.

M. le maréchal comte d'Erlon.

Aujourd'hui, le nombre des maréchaux de France est de huit, dont un seul, M. le duc de Dalmatie, est de la première promotion, faite par Napoléon, le 19 mai 1804, le lendemain de son élévation au trône impérial. Voici les noms des huit maréchaux actuels: Duc de Dalmatie (Soult), président du conseil et ministre de la Guerre; duc de Reggio (Oudinot), gouverneur de l'hôtel royal des Invalides; comte Molitor; comte Gérard, grand-chancelier de l'ordre, royal de la Légion-d'Honneur; marquis de Grouchy; comte Valée; comte Horace Sébastiani; comte Drouet d'Erlon.

Les six derniers maréchaux morts sont: comte de Lobau (Mouton); marquis Maison; duc de Tarente (Macdonald); duc de Bellune (Victor); duc de Conégliano (Moncey); comte Clauzel.

La dignité de maréchal de France, en vertu de la même loi du 4 août 1839, n'est conférée qu'aux lieutenants-généraux qui auront commandé en chef devant l'ennemi: 1° une armée ou un corps d'armée composé de plusieurs divisions de différentes armes; 2º les armes de l'artillerie et du génie dans une armée composée de plusieurs corps d'armée. Le nouvel élu, doyen des lieutenants-généraux depuis quelques années, et dont la nomination à ce grade remonte au 27 août 1803, satisfait depuis longtemps à la première de ces conditions, puisqu'il plusieurs reprises, sous l'Empire, il a commandé en chef des corps d'armée formés de plusieurs divisions.

M. le maréchal Drouet d'Erlon, né à Reims le 29 juillet 1765, débuta dans la carrière militaire par être soldat dans un bataillon de volontaires nationaux, où il s'enrôla en 1792. Son courage et son intelligence l'ayant fait distinguer par le général Lefebvre, il devint son aide-de-camp, et fit sous ses ordres les campagnes de 1793, 1794, 1795 et 1796, aux armées de la Moselle et de Sambre-et-Meuse. En 1799, il fut nommé, général de brigade. Attaché à l'armée qui, en 1803, s'empara du Hanovre, il fut élevé au grade de général de division. Il servit en cette qualité à la grande armée d'Allemagne, prit une part active à la bataille d'Iéna, et contribua à la prise de Halle. Chef d'état-major-général du corps d'armée du maréchal Lannes, il se signala à la bataille de Friedland, le 14 juin 1807, et y fut blessé. Le 29 mai, il fut nommé grand-officier de la Légion-d'Honneur. En 1809, il contribua à soumettre le Tyrol. Chargé du commandement du 9e corps d'armée d'Espagne, il obtint, en 1810, des succès en Portugal, et lit sa jonction avec Masséna, le 26 décembre 1811 A la fin de décembre 1812, il força le général anglais Hill à se retirer sous les murs de Lisbonne. En 1815, il commandait l'armée du centre et obtint des succès sur la Guenna. Vers la lin de juillet, il emporta de vive force le Col-de-Maya, après la plus vigoureuse résistance de la part des Espagnols. Il commandait un corps d'armée à la bataille de Vittoria, devint un des lieutenants du maréchal Soult lors de l'invasion de l'armée anglaise dans le midi de la France, et combattit, en 1814, dans toutes les affaires où le territoire national fut énergiquement disputé à l'ennemi, notamment à Orthez et à Toulouse.

A la première Restauration, M. le comte d'Erlon fut nommé commandant de la 16e division militaire (Lille), chevalier de Saint-Louis et grand cordon de la Légion-d'Honneur. Après le débarquement de l'Empereur au golfe Juan, le général Lefebvre-Desnouettes ayant formé le projet de rassembler toutes les forces qui se trouvaient dans le nord de la France, pour tenter un coup de main sur Paris, M. le général Drouet d'Erlon fut prévenu de complicité dans ce hardi dessein, et arrêté, le 13 mars 1813, par ordre du duc de Feltre (Clark), alors ministre, de la Guerre. Le cours des événements le rendit bientôt à la liberté, et lui permit de s'emparer de la citadelle de Lille, où il se maintint jusqu'au 20 mars. Le 28 du même mois, il fit proclamer et reconnaître l'Empereur dans la 16e division. Napoléon l'éleva à la pairie par décret du 2 juin, et lui confia le commandement du premier corps de son armée, à la tête duquel il fit, à Fleuras et à Waterloo, des prodiges de valeur que la fortune rendit inutiles. Le général d'Erlon commanda ensuite l'aide droite de l'armée sous Paris, et après la capitulation, il se retira au delà de la Loire. Compris dans l'ordonnance de proscription du 24 juillet 1815, il quitta son corps d'armée, et fut assez heureux pour arriver à Bayreuth, en Bavière, où il trouva un asile. Plus tard il s'établit aux environs de Munich et y vécut, dans une modeste retraite, de l'exploitation industrielle d'une brasserie. Il fut cité, le 12 juin 1815, devant le conseil de guerre de la 11e division militaire, à Bordeaux, pour être jugé par contumace; mais l'instruction n'ayant pas été trouvée suffisante, l'affaire fut suspendue jusqu'à plus ample informé et n'eut pas d'autre suite.

La révolution de Juillet 1830 rappela en France le comte d'Erlon, et il fut réintégré dans son grade. Son nom figura de nouveau sur la liste des lieutenants-généraux en activité, publiée par l'Almanach royal et national de 1831, après en avoir été effacé pendant quinze années. Pair de France, le 19 novembre 1831, M. le comte d'Erlon fut nommé, par ordonnance royale du 27 juillet 1834, gouverneur-général des possessions françaises dans le nord de l'Afrique, et conserva ce commandement jusqu'au 8 août 1833, jour où il quitta Alger, une ordonnance du 8 juillet lui ayant donné pour successeur le maréchal Clauzel, qu'il vient de remplacer à son tour dans la dignité de maréchal de France. Peu de temps après son retour d'Algérie, M. le lieutenant-général d'Erlon fut appelé de nouveau au commandement de la 12e division militaire, qu'il avait occupé avant son départ pour l'Afrique, et qu'il occupait encore au moment de sa promotion au maréchalat.

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